Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Pauline Parker (Melanie Lynskey), ronde et renfermée, se lie d'amitié avec sa nouvelle camarade de classe, l'exubérante Juliet Hulme (Kate Winslet - dans son premier rôle au cinéma). Très vite, les adolescentes se créent un monde imaginaire où elles reversent leurs phantasmes et leurs rêves. Inquiets de la relation qu'elles développent, leurs parents décident de les séparer.
Créatures célestes (1994) est un film écrit et réalisé par Peter Jackson, inspiré d'un fait-divers qui défraya la chronique en Nouvelle-Zelande dans les années 50. L'histoire se déroule selon le point de vue de Pauline, jeune fille mal dans sa peau, qui va trouver en Juliet son absolu contraire, et en être si éprise qu'elle choisira de commettre l'irrémédiable pour ne pas en être séparée.
Cette oeuvre du futur réalisateur de la saga du Seigneur des anneaux contient déjà l'onirisme et le goût du surnaturel et de l'aventure : le monde crée par les deux jeunes filles, situé dans un univers médiéval peuplé de figurines de glaise, est le reflet de leurs pensées et de leurs aspirations, à la fois beauté et violence.
Car Créatures célestes est en fait la description imagée de l'adolescence, à une époque où celle-ci n'était pas encore sujette à des livres et des émissions télévisées : les deux héroïnes, aussi dissemblables par leur physique que par leur environnement familial, se rejoignent dans leurs aspirations à vouloir autre chose que leurs mornes vies.
D'ailleurs, sont-elles aussi dissemblables ? Leur imagination débordante, leur enfance marquée par la maladie (une osteomyélite pour l'une, une tuberculose pour l'autre) les rend quasiment "jumelles" dans leur parcours, et jusqu'au meurtre qu'elles vont commettre en duo.
La relation homosexuelle qui finit par les lier est de fait une sorte de réunion symbolique : elles se rejoignent physiquement après s'être rejointes par leur esprit. Leur entourage, horrifié par cette évolution, va réagir selon l'époque : consultation chez un psychologue et surveillance rapprochée.
Très beau film, qui semble souvent partir à la dérive avec l'esprit de son héroïne (le scénario s'inspire des journaux intimes de la véritable Pauline), et qui explique l'adolescence et sa confrontation avec une époque où le concept même était quasiment inconnu...
Petite précision : j'ai vu ce film en vf, et dans ce qui semble être la version courte (99 minutes).
Si vous voulez en savoir plus, voici un résumé des faits réels ayant inspiré le film :
Le 22 juin 1954, lors d'une promenade dans le parc Victoria à Christchurch (Nouvelle-Zélande), Honora Rieper est assassinée par sa fille Pauline (16 ans) et une amie de celle-ci, Juliet Hulmes (15 ans). Le procès des deux adolescentes fit grand bruit dans le pays, on y parla de l'homosexualité (considérée comme une déviation mentale à cette époque) comme de l'élément déclencheur du crime.
Les enquêteurs ayant découvert que la victime n'était pas légalement mariée au père de Pauline, Herbert Rieper, la jeune fille sera donc jugée sous le nom de jeune fille de sa mère, Parker.
Les deux meurtrières échappèrent à la peine de mort grâce à leur jeune âge mais passèrent 5 ans dans des prisons séparées.
Une fois libérée, Juliet partit pour les États-Unis où elle devint écrivain de romans policier sous le nom d'Anne Perry. Plus tard, lors d'une inteview, elle déclara que, si elle eu une relation quasi fusionnelle avec son amie, elles n'ont jamais eu de rapport sexuel. Pauline, quant à elle, resta un temps en Nouvelle-Zélande avant de s'installer dans la région du Kent en Angleterre où, sous le nom d'Hillary Nathan, elle gagna sa vie à enseigner l'équitation. Elle a refusé de nombreux interviews, disant seulement avoir beaucoup de remords pour son crime.
Note : ce fait-divers inspira nombre de nouvelles, de romans, mais aussi un autre film, français celui-là, Mais ne nous délivre pas du mal (1971), réalisé par Joël Séria et interprété par Jeanne Goupil et Catherine wagener.