Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Depuis que j'ai l'âge requis pour voir la série des "Justicier" de notre ami Charles Bronson, il y a une question qui me turlupine : comment cet acteur, qui a joué dans des chefs-d'oeuvre, qui a côtoyé les plus grands réalisateurs et des "colègues" aussi doués que lui - même plus doués parfois, ne nous voilons pas la face - ait pû s'enbourber littéralement dans une franchise qui est devenue au fil du temps aussi catastrophique.
Car, hormi Un justicier dans la ville, questionnement sur l'autodéfence et radioscopie d'une société malade, les autres films de la série sont de plus en plus raccoleurs, le voyeurisme malsain des scènes de viols et l'ambiguïté du propos se transformant en marque de fabrique : notre moustachu, de plus en plus vieux, ankylosé, devient littéralement "mou du genoux" dans l'ultime opus, se contentant d'utiliser des gadgets divers (ballon piégé) ou des éléments du décors comme un enrouleur de plastique.
C'est tout de même un acteur, qui, après des débuts devant la caméra de Henry Hathaway (quand-même !), a "crevé l'écran" dans le costume de 'Mitraillette Kelly', qui, de 'Bernardo O'Reilly' à 'Joseph Wladislaw' a interprété des personnages humains et bourrés d'humour dans des films hautement "virils", et qui par la grâce de Sergio Leone est devenu un mythe du western...
C'est une carrière pleine de personnages forts et parfois étonnants : un sculpteur sourd-muet dans L'Homme au masque de cire, un mystérieux "chat de Chessire" dans Le Passager de la pluie, un tueurs à gages ambiguë (sans le savoir) dans Le Flingueur, entre autres.
Dans le livre qu'il lui a consacré, P. Setbon
explique les choix professionnels parfois curieux de Charlie par le fait qu'il a souvent changé d'agent artistique, surtout au début de sa carrière. Soit, mais lorsqu'il signe pour le deuxième opus du "Justicier" , notre ami a pour impressario un certain Paul "Pancho" Conner, qui le suit depuis la fin des années 60...
Moi, je penche pour une autre hypothèse : Charles Bronson a, de son propre aveu, choisi le métier de comédien pour le confort financier qu'il offrait. Bien sûr, lorsque, à l'âge de 29 ans, il s'inscrit aux cours du théâtre du Passadena Playhouse, il ne pouvait savoir que, une quarantaine d'années plus tard, il serait l'une des stars les plus adulées et surpayées de la planète. Lorsque il gouta à la célébrité, il attrapa sans doute la "grosse tête", comme d'autres avant et après lui. Rien de grave en soi : l'acteur devenu dictatorial accepte n'importe quel rôle. Mais ce qui est curieux dans le cas de Bronson, c'est que, à part quelques mauvais films (Les Baroudeurs par exemple), il réussit néanmoins à "garder le cap", avec des oeuvres qui, si elles déplacent moins les foules que ses prestations chez Leone ou Clément, continuent de drainer des fans fidèles.
Mais bien sûr, comme on peut s'y attendre, le flot des fans se tarrit. Les films commencent à faire moins d'entrées...pourtant, à chaque nouvelle apparition de la moustache bronsonienne sur une affiche, les files d'attente se reforment. Plus fort encore, de nouveaux fans, qui ont vu et apprécié l'acteur à la TV, viennent à leur tour grossir les rangs des afficionados (votre servante, par exemple)...
Peut-être y-a-t-il alors deux catégories de fans : ceux de l'acteur Bronson, qui veulent croire que le nouveau film sera différent des "Justicier", et les fans du même "Justicier," qui recherchent le plaisir malsain occasionné par le vieux moustachu qui flingue les voyous : je me souviens d'une connaissance, devant une affiche du Justicier de N.Y, déclarant "c'est quelqu'un comme ça qu'il faut dans nos rues !"...
Toujours est-il que Charles Bronson, devenu stakanoviste de l'autodéfense, ne cherche même plus à faire l'effort de jouer : il arrive sur le plateau, tire quelques coups de feu, encaisse son chèque et s'en va...Je suis dure, je sais, mais c'est parfois l'idée que j'ai du tournage d'un des derniers films de mon acteur préféré ! Pourtant, parfois, le miracle arrive par le biai de la télévision : un joli conte de Noël, une adaptation d'un roman de London, voire le début d'une série de téléfilms policier, qui, malheureusement tourne court (principalement à cause de la santé déclinante de l'acteur).
Et puis, il y a ce que j'appelle l'ultime sourire : une dernière fois, pour faire taire ses détracteurs qui l'accusaient d'être devenu une pub vivante pour la NRA, il nous offre une dernière prestation dans le premier film de Sean Penn, qui, comme beaucoup de réalisateurs de la nouvelle génération, vénérent le personnage Bronson. Quelque part, ce tardif sursaut de sa qualité de jeu me rassure : j'imagine des jeunes gens (et jeunes filles) qui, regardant Indian Runner, le redécouvrent et se mettent en tête d'explorer sa filmographie...Un jour peut-être, l'un(e) d'entre eux (elles) aura envie de faire un blog consacré aux "vieux acteurs"...