Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Patrick Jean-Marie Henri Bourdeau nait le 26 janvier 1947 à Saint-Brieuc dans une famille d'acteurs, menés par Mado Maurin sa mère. Dans le métier, la fratrie est connue pour être "Les petits Maurin".
C'est ainsi qu'après avoir connu les planches à 3 ans dans Primerose aux côtés de sa mère, le jeune Patrick tourne des films, des téléfilms et des séries TV. Il est ainsi, avec ses frères Jean-Pierre et Yves-Marie au générique de Monsieur Fabre, et interprète ses premiers rôles importants au théâtre en 1956 dans Procès de famille puis dans Misère et noblesse avant de suivre la troupe pour une tournée à l'étranger.
L'enfant tourne aussi pour Marc Allégret,
Henri-Georges Clouzot et même Gene Kelly, malgrè une personnalité très turbulante qui cache un caractère ultra-sensible. Tout naturellement il s'inscrit à la fin de son adolescence aux cours de théâtre de Raymond Girard avec ses frères Jean-Pierre, Yves-Marie et Dominique, afin de préparer l'entrée au Conservatoire. Pour l'anecdote, le même professeur avait enseigné l'Art dramatique à Jean Paul Belmondo quelques années auparavant.
Les quatre frères passent le concours d'entrée au Conservatoire, mais Yves-Marie et Patrick sont recalés. Néanmoins, la carrière de l'acteur continue : il est figurant dans Paris brûle-t-il et dans La Maison sous les arbres de René Clément.
C'est à cette époque que, suite à un différent avec sa mère, Patrick abandonne le matronyme de Maurin pour adopter le nom de son arrière-grand-mère maternelle, Devaëre, dont il change le v en w, et se faire d'abord appeller Patrick De Waëre en 1964 avant de prendre définitivement le nom de Dewaere.
En 1967, il connait un premier succès personnel avec le rôle-titre de la série Jean de la Tour-Miracle ; au même moment il quitte le domicile familial et commence à cultiver son personnage de rebelle en se laissant pousser la moustache et en se mettant à boire pour, dit-il, "essayer d'avoir un visage interessant".
A 21 ans, il gagne sa vie sur les scènes de théâtre mais également comme déménageur ; il participe activement à Mai 68 en se confrontant aux CRS. C'est à cette époque aussi qu'il intègre la troupe de Romain Bouteille, dont il épouse la compagne Sadha le 26 juillet.
Bouteille a réunit autour de lui des stars en devenir : Coluche, Henri Guybet, Renaud, Martin Lamotte et une jeune actrice, Miou-Miou... La troupe a investi un vieil entrepôt qu'il retaperont et appeleront Le Café de la Gare, afin de s'y produire dans des sketchs écrits en commun.
Pour échapper au service militaire, Patrick Dewaere avalera des médicaments sous la surveillance de Sadha, mais manquant de mourir, passera un long moment à l'hôpital où le médecin lui diagnostique "une tendance au suicide"...
S'étant ainsi débarassé des obligations militaires, l'acteur se lance dans le doublage : il est la voix française de Dustin Hoffman dans Le Lauréat et de John Voight dans Macadam cowboy. Les acteurs du Café de la Gare ont pour habitude de jouer dans des publicités, et de faire des figurations dans des films comme Elle court, elle court, la banlieue. Ils se retrouvent aussi devant les caméras de Claude Faraldo pour Themroc (1973) avec Michel Piccoli. Le film deviendra culte mais ne connaîtra à sa sortie qu'un succès d'estime. La même année, la troupe change de local mais peu à peu des dissentions se font sentir et Dewaere commence à voler de ses propres ailes, se rapprochant de Miou-Miou.
En 1974 c'est la sortie des Valseuses de Bertrand Blier, et le triomphe du trio Depardieu Dewaere Miou-Miou, qui la même année donnera naissance à une fille, Angèle. Patrick poursuit sa carrière entre films de potes (Lily aimes-moi avec des acteurs de la troupe du Café de la gare) et des polars comme Adieu poulet aux côtés de Lino Ventura. La relation avec Miou-Miou se déteriore et le couple se sépare juste avant le tournage en commun de F... Comme Fairbanks.
Les années 70 sont les années fastes pour Patrick Dewaere :
La Meilleure façon de marcher, Le Juge Fayard dit le sherif, Préparez vos mouchoirs, Coup de tête... Aux dire de tous les réalisateurs ayant travaillé avec lui, l'acteur ne "joue" pas, il "est" le personnage, et choisit le plus souvent des rôles d'hommes félés, brisés, aux prises avec des problèmes sentimentaux, l'alcool, la drogue, à l'image de ce qu'il est dans le privé.
Ce besoin d'auto-destruction devant et hors des caméras le poursuivra jusqu'a son suicide le 16 juillet 1982, alors qu'il prépare le film Édith et Marcel de Claude Lelouch. Personne ne sait pourquoi il a ainsi mit fin à ses jours, tout ce qu'il faut en retenir, c'est que l'acteur, écorché vif, a toujours vécu sur un fil, entre la folie de vivre intensément et une sensibilité exacerbée...