Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Jean-Paul Belmondo a finit par écrire ses mémoires. Du haut de ses 83 ans, il égrène ses souvenirs, et le livre est plaisant, malgré une impression de redite.
Il faut dire que ses blagues de l'époque du Conservatoire et ses frasques sur les tournages ont été mille fois relatés dans les biographies et dans les bouquins écrit par ses copains et copines.
On le sait qu'il faisait "les quatre-cent-coups", et l'on a déjà entendu ou lu à l'envi le récit de ses mises à sac des chambres d'hôtel. Reste l'évocation émue de certains de ses profs de théâtre, de ses potes disparus, et bien sûr de ses parents, qu'il remercie d'avoir été si indulgents envers ses attitudes de cancre et de clown.
On apprend tout de même quelques éléments inédits : dans sa jeunesse, il voulut être tour à tour footballeur, boxeur, fermier (!), avant de comprendre enfin qu'il avait la comédie dans le sang.
J'ai également appris que la fameuse scène de "corrida" au milieu des voitures dans Un singe en hiver n'est pas une réminiscence de ses "conneries" de jeunesse, mais d'un souvenir de l'époque de Saint-Germain-des-Près : Antoine Blondin avait réalisé le même exploit un soir de cuite, devant un jeune Belmondo admiratif.
L'un des points d'orgue du livre est bien entendu la supposée rivalité avec Alain Delon, qui fait encore les choux gras de certains journalistes (voir plus loin) : en fait, il n'y eu qu'une seule brouille entre eux, lors de la sortie de Borsalino : Delon, producteur du film, s'était arrangé pour que son nom apparaisse deux fois sur l'affiche.
Aujourd'hui, les deux hommes sont toujours amis, même si, de l'aveu de Bébel, ils ne se fréquentent pas assidument.
Au détours des pages, nous rencontrons les jalons de la carrière de l'acteur : Jean-Luc Godard, personnage étrange et silencieux, qui pour tout scénario, se contente de noter ses idées sur un cahier, Melville que Bébel admire avant de le détester suite à son attitude déplorable envers Charles Vanel sur le tournage de L'Ainé des Ferchaux, Philippe de Broca, aussi facétieux que lui, ses potes Gil Delamare, Mario David et Charles Gérard, toujours prêts à l'aider dans ses blagues potaches...
Il évoque également les femmes de sa vie, sans s'appesantir plus que de raison, écrit pudiquement quelques lignes sur la mort tragique de sa fille Patricia, sur son état de santé, mais parle surtout de sa boulimie de vie, d'action, de vitesse, dit en toute simplicité qu'il est heureux d'avoir vécu ainsi.
Le livre s'achève sur les trois grands regrets de Jean-Paul Belmondo : ne pas avoir pû interpréter 'Scapin' à l'écran, avoir dû renoncer à l'adaptation de "Voyage au bout de la nuit", et surtout, ne pas avoir pû jouer un personnage qui pourrait être son "frère sombre" : Jacques Mesrine. L'acteur avait acheté les droits du livre "L'instinct de mort" et voulait en tirer un film. De son côté, "L'Ennemi public N°1" ne cachait pas son admiration pour Bébel, lui envoyant des lettres de sa prison, dont l'une, juste avant son évasion, qui disait à propos du scénario du film "N'écrivez pas le mot fin."
C'est un peu ce que Bébel semble dire de lui-même...
Jean-Paul Belmondo, Mille vies valent mieux qu'une - éditions Fayard.
Note à propos de la prétendue rivalité Delon-Belmondo vue par les journalistes :
Un peu avant la sortie du livre, j'avais entendu un journaliste en parler, à la radio ou à la télé, je ne sais plus, mais son laïus était éloquent : il tenait absolument à faire croire que l'ami Bébel s'amusait dans cette autobiographie à lancer des piques à Delon, du genre "Il a joué tel rôle parce que je l'avais refusé". J'ai doucement rigolé, bien entendu...
Bien sûr, la lecture du livre lève toute ambiguïté : il n'est pas rare qu'un acteur récupère le rôle qu'un autre n'a pas pû ou pas voulu interpréter, cela ne veux rien dire de particulier quant à leurs relations. Pour qu'un journaliste se permette de glisser une telle connerie (excusez l'expression) dans sa chronique, c'est qu'il n'a aucune connaissance de son sujet. Un constat que je fais hélas souvent, et pas seulement concernant le cinéma...