Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Depuis que je suis petite, j'entends les stars américaines s'exprimer dans un français parfait ; avec le temps, j'ai fini par admirer le travail des doubleurs, persuadée qu'ils "collaient" aux voix originales.
Si aujourd'hui je prends plaisir à visionner les DVD en VO, j'aime encore me régaler des voix françaises de Wayne, McQueen ou Bronson.
Mais c'est vrai que les versions françaises "gomment" les particularités des voix originales : ainsi, j'ai tellement été habituée à la tessiture très masculine et grave des doubleurs de Charles Bronson que j'ai mis un temps fou à me rendre compte qu'il avait une intonation très particulière en réalité : l'amour n'est pas qu'aveugle, il est également sourd !
J'ai été très étonnée la première fois que j'ai entendu Clint Eastwood s'exprimer en VO ! Ce timbre doux n'avait aucun rapport avec les voix françaises de l'acteur. Quant aux voix françaises de Stallone et Bruce Willis (pour ne citer que ces deux exemples), elles sont tellement rentrées dans l'inconscient collectif que je suis persuadée qu'un spectateur lambda comme moi serait attrocement déçu par les voix originales de ces acteurs.
Les comédiens de doublage font un très bon boulot dans l'ensemble. Si parfois certaines intonations sont tirées vers la caricature, le seul reproche que je puisse faire aux doublages des années 40 et 50 est une "francisation" des prénoms, qui me paraît ridicule ('Edouard Earp' au lieu de 'Wyatt Earp', par exemple). On dirait que les prénoms américains sonnaient trop "exotiques" aux yeux des traducteurs de l'époque ! A moins que ce ne soit justement pour harmoniser le doublage.
Je me pose une question, d'ailleurs : est-ce qu'un doubleur apporte un peu de son caractère, de ses "tics de langage" ? Je pense à Amicalement Vôtre, où, parait-il, Tony Curtis et Roger Moore s'appréciaient si peu qu'ils se balançaient des insultes dans la VO, et que Michel Roux et Claude Bertrand se lancèrent dans une surenchère de "piques" bon enfant pour atténuer l'animosité présente entre les deux acteurs.
Dans un autre genre, le "Non de Zeus !" qui est la réplique-culte de "Doc" Brown (Christopher Lloyd) dans Retour vers le futur est une invention du doubleur français Pierre Hatet.
Je voudrais saluer les comédiens qui ont app
orté leurs contribution au doublage en étant la "voix officielle" d'un acteur. Je pense par exemple à Jacques Thébault et aux regrettés Serge Sauvion et Michel Roux, qui ont donnés leurs "voix" à Steve McQueen, Peter Falk et Tony Curtis. Si aujourd'hui, Josh Randall, Columbo et Danny Wilde sont entrés dans le panthéon des icônes de la TV, ce n'est pas seulement grâce à l'incontournable talent des acteurs, mais aussi à celui de leurs doubleurs.
Si j'ai envie aujourd'hui d'entendre la "vraie voix" de mes acteurs favoris, je garderai très certainement intact le plaisir de mon enfance et de mon adolescence en visionnant les films et séries TV en VF...Un jour néanmoins, je connaitrai la voix originale du Lieutenant Columbo.