Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Un jour, à Hollywood, dans le bureau d'un producteur, quelqu'un a lancé l'idée : "Et si on faisait un remake des 7 Mercenaires ?". Au mot "remake", les calculatrices sont apparues aussi vite que les colts dans les mains d'Eastwood. Mais il fallait un casting...
On a d'abord pensé à Tom Cruise, à Kevin Costner, et peut-être aussi à Will Smith. Et puis en fin de compte, ce sera Denzel Washington, Chris Pratt, Vincent D'Onofrio, Ethan Hawke. Antoine Fuqua sera derrière les caméras.
Le film sort un jour de 2016, à grand renfort de publicité. Et c'est... comment dire... Essayons de comparer ce qui n'est pas comparable :
L'histoire : Changer le petit village mexicain en bourgade minière de l'Ouest américain et faire du "vilain" un capitaliste sont des idées banales. On pense par exemple à Pale Rider ou à L'Homme des vallées perdues.
D'ailleurs, parlons du méchant, interprété par Peter Sarsgaard : à chacune de ses apparitions, il ne fait que pencher la tête pour exprimer ses émotions, à savoir : dégout, satisfaction, ennui, exaspération. Eli Wallach peut dormir tranquille ! Et, cerise sur le gâteau, il a un contentieux avec le chef de notre troupe de héros.
Notons à ce propos que dans le film de John Sturges, nous ne savons quasiment rien des "mercenaires", ce qui nous les rend fascinant, alors que dans le film de Fuqua, chacun ou presque y va de ses souvenirs souvent malheureux.
Les personnages : Le "politiquement correct" à frappé : l'action se situe peu après la Guerre de Sécession. Or, notre troupe de héros est constituée d'un Indien, d'un Mexicain, d'un Chinois, d'un trappeur, d'un ex-officier sudiste et d'un gambler dirigés par... un Noir !
Comme si, après le conflit fratricide qui avait déchiré le pays, il n'y avait plus que de gentils gars qui ont oublié les massacres, les guerres indiennes, les anicroches avec le voisin mexicain et l'exploitation des asiatiques par les compagnies de chemin de fer. Youpi !
Quant à la "psychologie" des mercenaires, elle est brossée à la truelle : le héros qui a un compte personnel à régler avec le méchant, le gambler vulgaire et m'a-tu-vu, l'ex-confédéré couard et cupide. Le Mexicain est évidement un "bandido", l'Indien (un comanche) arbore ses peintures de guerre, le Chinois est expert en maniement des armes blanches. Mais aucun des trois n'a de personnalité développée, ni de "gimmick" qui pourrait nous le rendre sympathique ou simplement intéressant... En fait, le seul qui tire relativement bien son épingle du jeu est D'Onofrio quasi méconnaissable en trappeur obsédé par la religion à la voix curieusement en décalage par rapport à son physique d'ours (j'ai vu le film en vf, ceci dit...)
Mention spéciale aussi à la jolie Haley Bennett qui fait penser à une lointaine cousine de 'Hannie Caulder'. Seul bémol : présentée au début du film comme une villageoise paisible mais déterminée, elle se retrouve soudain dans une ville-frontière dans un accoutrement de prostituée seulement quelques jours après le décès de son mari. Il faut l'apparition du héros pour qu'elle se reprenne et devienne une sorte de "Jeanne d'Arc" de l'Ouest (comme elle est d'ailleurs désignée par Washington). Raccourci scénaristique malheureux ou vision rétrograde de la femme ?
Le dialogue : prévisible, banal, avec ça et là des répliques
tirées du film de Sturges. On ne risque pas de retenir une phrase-culte. Et, comme je l'ai dit plus haut, c'est le "politiquement correct" qui prévaut. De plus, il y a actuellement cette "manie" épouvantable de surcharger les scènes d'action d'explosions et de bruits tonitruants, obligeant les acteurs à gueuler leurs répliques (je n'ai pas compris le quart de ce que disaient les personnages durant la bataille finale).
L'action : incompréhensible. C'est le premier mot qui me vient à l'esprit. Dès le début, ça défouraille à tout va. Les "scènes de présentation" des mercenaires, mythiques dans le film de Sturges, ne sont ici que des versions du jeu "voyons celui qui a la plus grosse". La violence est totalement gratuite, les confrontations verbales avec les méchants sont grotesquement explicatives. Là encore, Sturges, son scénariste et son dialoguiste coupaient au plus court et faisaient mouche à tout les coups.
Quant à la bataille finale, elle fait irrésistiblement penser à du Tarantino (ce qui, venant de moi, n'a rien d'un compliment, comme vous le savez !). L'ultime confrontation entre le héros et le méchant est absolument ridicule et mal jouée.
Bref, Les 7 Mercenaires d'Antoine Fuqua n'est qu'un de ces films "fast-food" déjà pré-digérés pour ne pas déranger le cerveau des jeunes spectateurs d'aujourd'hui abrutis de CGI et de jeux vidéos et qui ne pourraient peut-être pas comprendre des histoires solidement charpentées que racontaient Kurosawa et Sturges.