Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Par Anachronique Val
Cap-les-Pins, sur la Côte d'Azur. Nous sommes en automne, la ville semble morte. Mélancolie Mau, dite "Mellie" (Marlène Jobert), mariée à Tony ( Gabriele Tinti ), navigateur pour une compagnie d'aviation souvent absent, est agressée et violée un soir par un inconnu qu'elle abat, et se débarrasse du corps. Le lendemain, un mystérieux Américain (Charles Bronson), l'aborde et lui demande "Pourquoi l'avez-vous tué ?".
Le Passager de la pluie est un polar psychologique de René Clément, un des "maîtres" du cinéma français. Le scénario est signé Sébastien Japrisot, l'un des meilleurs romanciers qui soient, spécialisé dans les méandres psychologiques et les références à Lewis Carroll.
Car nous sommes bien là dans une version "adulte" d'Alice au pays des Merveilles (qui n'est pas si enfantin que cela, d'ailleurs !) : Mellie, femme-enfant traumatisée par un drame familial dont elle s'estime la cause, est une "Alice" touchante ; l'horrible violeur (Marc Mazza), est un des plus terrifiant "lapin blanc" qui soit. Le Colonel Harry Dobbs est un "Chat du Cheshire" qui tire les ficelles et mene la pauvre héroïne dans le labyrinthe de ses propres peurs. Que dire de Monsieur Armand (Jean Piat), qui lance la phrase-fétiche de la "Reine" dans le roman de Carroll, "Qu'on lui coupe la tête !"
Une mention spéciale à Annie Cordy, qui joue Juliette Mau, la mère de Mellie. Une femme froide, à l'humour sarcastique. Mais la fin du film dévoile la tendresse qu'elle éprouve pour sa fille. Un personnage beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Jill Ireland, qui joue Nicole, est elle-aussi meilleure que d'habitude, sans doute parce que son rôle est plutôt effacé.
Polar psychologique, oui, et qui m'a fait découvrir Japrisot, son humour, sa façon bien à lui de raconter les histoires, ses personnages féminins qui cachent leurs forces derrière une apparente fragilité (L'Eté Meurtrier est un autre de ses chefs-d'oeuvres).
Vous allez dire que je cherche la petite bête, mais à force de lire le roman et de voir le film, j'ai repéré une petite étrangeté : "Mau" est le patronyme de Méllie, qui est une femme mariée ; pourtant, sa mère s'appelle Juliette Mau...Mellie aurait-elle gardé son nom de jeune fille ? Etonnant, vu qu'elle est mariée à un Italien plutôt "macho"...
Le Passager de la pluie, un petit chef-d'oeuvre de polar.
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