Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Par Anachronique Val
Joe Devereau (Robert Wagner) sort de prison. Son frère ainé Ben (Richard Widmark) lui fait la proposition suivante : partir en Oregon et ne plus revenir à la propriété familliale. Joe refuse, et se rend au ranch laissé à l'abandon depuis que son père Matthew (Spencer Tracy) est décédé et que sa mère (Katy Jurado) est revenue dans sa tribu.
Devant un tableau représentant Matthew, Joe se remémore les évènements qui ont conduit au drame qui déchira sa famille.
La Lance brisée est un western d'Edward Dmytryk, construit à la manière d'une trajégie shakespearienne. Le patriarche, joué par Tracy, est un homme inflexible, dur avec ses aînés, entièrement dévoué à son ranch. Ses deux seuls points faibles sont sa deuxième épouse, fille d'un grand chef Indien, et leur fils Joe, qu'il considère comme "le plus intelligent de ses enfants"...de quoi attiser la jalousie de ses demi-frères, surtout Widmark. Celui-ci n'est pas un personnage si négatif, à la base ; il a trimé pour son père et a l'impression (assez juste) que tout revient à Joe.
L'autre drame de cette famille est la confrontation au racisme ambiant. Si l'épouse de Matt est à peine reconnue (les gens de la ville la considèrent comme "mexicaine", par convenance), le jeune Joe est un métis, et sa place n'est nulle part. C'est sans doute cette raison qui pousse son père à avoir plus de considération pour lui, mais c'est aussi ce qui cristalisera la jalousie de Ben.
Bon western qui brasse plusieurs thèmes forts, avec un Spencer Tracy littéralement impérial en "cattle baron" dépassé par le progrès, Robert Wagner en fils métis qui cherche sa place, tout comme son demi-frère Widmark en fin de compte, une très belle Katy Jurado en épouse et mère aimante qui tente sans succès de réconcillier son mari avec ses fils, La Lance brisée est peut-être l'un des plus réussis des westerns psychologiques.
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