Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Par Anachronique Val
1942. Un avion anglais, de retour de mission sur l'Allemagne, est abattu au-dessus de Paris. L'équipage parvient à sauter en parachute, et trois des hommes, Sir Reginald (Terry-Thomas), Peter Cunningham (Claudio Brock) et Alan MacIntosh (Mike Marshall) vont réussir à échapper aux soldats.
Si le premier se retrouve dans le bassin aux phoques du zoo de Vincennes, Cunningham atterrit sur l'échafaudage d'Augustin Bouvet (Bourvil), peintre en bâtiment, et McIntosh, après une arrivée sur les toits de l'Opéra de Paris, se réfugie dans la loge de Stanislas Lefort (Louis de Funès), chef d'orchestre.
Lefort et Bouvet, traqués par les Allemands, ne vont avoir d'autre choix que de conduire les trois Anglais en zone libre afin qu'il rejoignent Londres.
Vous allez me dire : "Val, c'est facile de faire de La Grande Vadrouille un film culte ! Il l'est pour des millions de Français !" Je répondrai qu'il est peut-être bien l'un des chefs-d'oeuvre de Gérard Oury, qu'il est le premier "buddy movie" à la française, et que son alchimie repose sur le tandem Bourvil/de Funès, déjà en gestation dans Le Corniaud sorti deux ans auparavant.
Il y a une autre raison pour laquelle j'aime énormément ce film : Oury a connu la Seconde Guerre Mondiale au travers d'une existence dans la clandestinité. On le sent heureux de ridiculiser l'occupant allemand, sans être dans la caricature grossière. Ainsi, la gestapo n'apparait que dans une scène du film, les Teutons sont représentés dans La Grande Vadrouille comme des soldats empotés, des généraux ronfleurs, des personnages sommes toute humains par leurs défauts.
Car il s'agit là d'un film sur l'être humain, et sur son aptitude à vivre des aventures qui le dépasse. Les deux héros ne sont pas des Résistants, ni des surhommes. Ce sont des Français pris dans une aventure tragi-comique qui va les révéler à eux-même. Qui plus est, ils représentent par leurs positions sociales deux visages d'une France qui attend le dénouement. Si les aviateurs Anglais n'avaient pas fait irruption dans leurs vies, Stanislas et Auguste auraient continué la vie de millions de Français de cette époque, sans héroïsme ni collaboration.
C'est peut-être pour cela que Gérard Oury n'a pas mis de collabo ou de millice dans son film. D'abord, parce que l'histoire aurait pris une tout autre envergure, ensuite il a voulu démontrer que la France occupée n'était ni meilleure ni pire que la France en paix.
Au delà des scénes devenues cultes, au-delà du jeu des acteurs, La Grande Vadrouille est, comme presque tous les films d'Oury, un film sur l'humain.
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