Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Dans la Bretagne du 19ème siècle, une petite fille grandit en écoutant les histoires de "l'Ankou", celui qui emporte les morts sur sa charrette. Hélène Jégado, surnommée "Fleur de tonnerre" par une mère revêche, finit par se croire l'incarnation de ce croque-mitaine légendaire.
Devenue adulte, Hélène (Déborah François), employée comme cuisinière dans des presbytères ou des familles bourgeoises, va empoisonner ses patrons ou leurs proches. Elle finira par être arrêtée...
Fleur de tonnerre est un film réalisé par Stéphanie Pillonca-Kerven, d'après le livre éponyme de Jean Teulé. Si l'ambiance rappelle parfois Le Juge et l'assassin, on a l'impression qu'il manque quelque chose pour en faire un chef-d'oeuvre.
Est-ce la faute des acteurs ? Déborah François m'a paru peu "habitée", ses scènes de folie ressemblent à des tentatives maladroites de donner une atmosphère "fantastique" alors qu'il n'y a pas lieu d'être. Et que dire de l'histoire d'amour qui se noue entre elle et 'Matthieu Véron' (Benjamin Biolay) ? L'acteur-chanteur a le charisme d'un compteur électrique, et son jeu et... minimaliste !
Autour d'eux, Christophe Miossec en abbé gentillet et naïf, Jean-Claude Drouot qui n'apparait que le temps de se faire servir un café empoisonné, Féodor Atkine en employeur plus soupçonneux que les autres et Jonathan Sacaï en juge d'instruction.
Il est dommage que ce film ne s'accorde pas le temps de mettre en place le climat socio-culturel de la Bretagne de cette époque. Oui, l'héroïne parle aux menhirs et l'on surprend au détour d'une scène un couple de mendiants, mais la réalisatrice - par ailleurs co-auteur du scénario - s'est focalisée sur l'idylle entre 'Hélène' et le compteur électrique. Tentative d'humaniser son empoisonneuse ? De démontrer qu'elle est partagée entre son désir de tuer et ses sentiments ?
C'est vraiment dommage que Fleur de tonnerre soit si mal fichu. Son seul mérite est d'avoir attiré mon attention sur le livre de Jean Teulé et le fait-divers qui l'inspira...
Zoom sur : Hélène Jégado
Née le 17 juin 1803 à Ploujinec (Morbihan), fille de cultivateurs pauvres, Helène grandit en écoutant les légendes de Basse-Bretagne, notamment celles relative à "L'Ankou", au point de s'en croire l'incarnation.
En 1810, elle est envoyée chez une tante, domestique au presbytère de Burdy, où elle va travailler comme bonne.
Hélène va ensuite être employée dans plusieurs villes de Bretagne - Séglien, Guern, Auray, Hennebont, Locmine ou Lorient notamment. Elle y trouve généralement une place de cuisinière au sein de maisons bourgeoises ou de presbytères. Elle sera même un temps prostituée au bordel militaire de Port-Louis.
Dans toutes les maisons où elle est employée, on déplorera un ou plusieurs décès. Son parcours meurtrier s'achève à Rennes : elle est alors cuisinière chez Théophile Bidard de la Noë, juriste et professeur de droit (il sera plus tard maire de la ville). L'homme va s'inquiéter de la mort suspecte de deux gouvernantes et d'une bonne de sa maison, et demandera une autopsie des trois malheureuses.
C'est ainsi qu'Hélène Jégado sera arrêtée le 2 juillet 1851. Elle niera en bloc, mais l'intime conviction du juge d'instruction l'envoie devant la Cour d'assise d'Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851. Convaincue de l'assassinat par empoisonnement de cinq personnes et de vols domestiques (ses autres meurtres étant prescrits), elle est condamnée à mort et sera exécutée le 26 février 1852 à Rennes.
À la veille de sa mort, elle se confie à l'abbé Tiercelin et lui avoue ses crimes, l'autorisant a rendre sa confession publique. Ses dires sont considérés comme peu fiables, mais il est admis aujourd'hui qu'elle a attenté à la vie de 97 personnes, causant la mort de 60 d'entre elles.
Pour certains auteurs - dont Jean Teulé - elle est la plus grande tueuse en série de l'Histoire de France.
De nos jours, plusieurs pâtisseries bretonnes vendent un gâteau "Hélène Jégado", parfumé à l'angélique et aux amandes, censé rappeler la douceur avec laquelle l'empoisonneuse faisait passer ses victimes de vie à trépas...