Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Né le 5 août 1901 à Luzarches dans le Val d'Oise, fils de l'architecte Édouard Autant et de la comédienne Louise Lara, il poursuit ses études à Janson de Sailly et se découvre une passion pour le cinéma.
Mais il se fait renvoyer du prestigieux lycée et termine sa scolarité dans un pensionnat anglais avant de revenir en France où il s'inscrit à l'École des arts décoratifs, où il se lie d'amitié avec le futur peinte et décorateur Jean Dorville et le futur acteur Julien Carette.
Une fois son diplôme obtenu, Claude Autant-Lara travaille dans un atelier de sculpture avant d'être engagé par Marcel L'Herbier. Il est d'abord décorateur pour le metteur en scène, puis devient son assistant-réalisateur sur L'Homme du large (1920) d'après Honoré de Balzac.
Il réalise un premier film, un court-métrage, Faits-Divers (1923), dans lequel joue sa mère Louise Lara, puis signe les décors de Nana de Jean Renoir avant d'assister René Clair.
Grand admirateur de Georges Méliès et passionné par les nouvelles techniques, Claude Autant-Lara réalise un moyen-métrage, Construire un feu (1929), d'après Jack London, en utilisant le procédé de l'Hypergonar, ancêtre du Cinémascope, mais ce sera un échec (il semble que le film est aujourd'hui perdu).
Criblé de dettes et déçu, il se rend aux États-Unis où il réalise les versions françaises de films américains, notamment avec Buster Keaton ou Douglas Fairbanks Jr. Mais le style de vie et de travail outre-Atlantique lui déplait, et au bout de deux ans il revient en France.
Il réalise en 1932 des courts-métrages adaptés de Georges Courteline, puis, un an plus tard, sort son premier long-métrage, Ciboulette, d'après une opérette de Reynaldo Hanes dialogué par Jacques Prévert. Le film sera un échec.
Autant-Lara travaille en tant que co-réalisateur sur des films de Maurice Lehmann (L'Affaire du courrier de Lyon, Fric-Frac), avant de mettre en scène Le Mariage de Chiffon (1941) avec Odette Joyeux, qui sera un succès. Dès lors le réalisateur enchaine avec Lettres d'amour (1942) toujours avec Odette Joyeux, puis Douce (1942) où il donne libre cours à son humour noir.
En 1946 sort Sylvie et le fantôme, comédie avec Odette Joyeux, François Perrier, Pierre Larquey et Jean Dessailly (le fantôme du titre étant interprété par Jacques Tati). Il réunit ensuite Micheline Presle et Gérard Philipe dans Le Diable au corps (1947) d'après l'oeuvre sulfureuse de Raymond Radiguet. Ce film fera scandale, accusé de prôner l'adultère et l'antimilitarisme !
Occupe-toi d'Amélie (1949), adaptation de la pièce de Georges Feydeau réunissant Danielle Darrieux et Jean Dessailly, est considérée par Claude Autant-Lara comme son oeuvre préférée.
L'un de ses succès, L'Auberge rouge (1951), est un petit chef-d'oeuvre d'humour noir avec Fernandel, Françoise Rosay, Julien Carrette...
Après Le Blé en herbe (1954) d'après Colette, sort Le Rouge et le noir d'après Stendhal, avec Gérard Phiipe et Danielle Darrieux. Ce film lui vaut de violentes critiques de la part des futurs cinéastes de la "nouvelle vague", qui le qualifient de "dépassé". Plus tard, il critiquera violemment en retour ses détracteurs devenus réalisateurs.
La Traversée de Paris (1956), adapté d'une nouvelle de Marcel Aymé réunissant Jean Gabin, Bourvil, et Louis de Funès, est une charge vacharde à l'encontre des français durant l'Occupation.
En 1959 sortent deux films qui seront des succès du réalisateur : La Jument verte, d'après Marcel Aymé avec Bourvil, Francis Blanche, Madie Mercet, Yves Robert, et En cas de malheur avec Jean Gabin et Brigitte Bardot, adaptation d'un roman de Georges Simenon.
Après quelques films comme Le Comte de Monte-Cristo (1961), Vive Henri IV, vive l'amour (1961), Le Journal d'une femme en blanc (1965) ou Les Patates (1969) avec Pierre Perret et Henri Virlojeux, Claude Autant-Lara abandonne le cinéma et se consacre à l'écriture et la politique.
Il publie des pamphlets ("Télé-mafia", "Les Fourgons du malheur", "Le coq et le rat"), et un livre de mémoires, "La Rage dans le coeur" (1984), où transparait son amertume.
Il fait également parler de lui dès 1989 en se présentant aux élections européennes sous l'étiquette FN. Élu au Parlement européen, il va y prononcer un discours exprimant son inquiétude face à la menace culturelle américaine.
Plus tard, il tiendra des propos outrageants envers Simone Veil, qui lui vaudront une plainte pour "injures raciales, diffamation raciale et incitation à la haine raciale" de la part du Garde des sceaux d'alors, Pierre Arpaillanges. Dans le même temps, il est prié de ne plus siéger à son poste de vice-président de l'Académie des beaux-arts.
Autrefois réalisateur responsable de chefs-d'oeuvres, devenu personnage aigri et porte-parole d'un parti fachiste, Claude Autant-Lara décède le 5 février 2000 à Antibes dans les Alpes-Maritimes à l'âge de 98 ans.