Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Par Anachronique Val
Au petit matin sur Sunset Boulevard, un corps est découvert flottant dans la piscine de la propriété de Norma Desmond (Gloria Swanson), une ex-star du muet.
Je devais avoir une douzaine d'années lorsque j'ai vu Sunset Boulevard pour la première fois, et je ne me souvenais que de la dernière scène : Gloria Swanson, regard alluciné, descendant l'escalier et s'avancant vers la caméra. C'est fou comme cette scène a gardé son pouvoir évocateur, quasi hypnotique, et en la revoyant, j'ai pensé à...Aguirre !
Je sais, c'est étrange, mais j'ai eu le même sentiment d'une scène résumant le film entier dans un regard, celui de Kinski ou de Swanson, même folie, même admiration mélée de crainte de la part des autres personnages. Ceux-ci sont d'ailleurs interprétés par de grands acteurs : William Holden, scénariste raté qui se laisse enfermer dans cette proprieté étouffante, Eric Von Stroheim, subtil, qui cache lui-aussi une forme de folie : la monomanie pour Norma dont il fût le Pygmalion, et qui s'est laissé emprisonné lui aussi...
Les rares fois où le héros cherche à retrouver une vie "normale" auprès de ses amis, ou de la jeune Betty (Nancy Oleson), il est rappelé, rattrapé par cette maison et sa propriétaire. Ce film est un film d'horreur, en fait : Swanson vampirise ceux qui se sont laissé prendre, et, manipulatrice autant que victime d'elle-même, elle cherche à rester jeune dans le regard des autres, de son jeune amant, mais surtout de la caméra, monstre qui prend la jeunesse des actrices et les rend folles. Film d'horreur, mais également film triste, certaines scènes serrant le coeur, comme lorsque Norma vient rendre visite à Cecil B. DeMile, à l'ocasion d'un petit chef-d'oeuvre de quiproquo teinté de mélancolie.
D'autres célébrités jouent leur propre rôle, comme Buster Keaton, ainsi que l'échotière Edda Hooper venue à la fin du film faire son boulot de vautour. Billy Wilder, à la manière de Robert Aldrich pour Qu'est-il arrivé à Baby Jane, signe là un film où Hollywood est un monstre qui engendre des monstres...
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