Je ne connais rien au cinéma... mais j'en parles quand même
Dans le monde rose et pailleté de "Barbieland", les Barbies peuvent être ce qu'elles veulent, d'éboueuses à Présidente du pays, en passant par avocate, romancière ou diplomate. De leurs côtés, les Kens passent le temps sur la plage à regarder les Barbies jouer au beach volley.
Barbie Stéréotypée (Margot Robbie), elle, aime les balades en voiture et les fêtes entre filles. Ken Plage (Ryan Gosling) fait du surf (enfin il essaye), s'embrouille avec Ken Rival (Simu Liu), et rêve d'embrasser Barbie.
Mais voilà que soudain, tout va mal dans la petite vie de la poupée blonde : elle commence à penser à la mort, rate ses toasts, avant de voir ses pieds devenir plats. Sur les conseils de Barbie Bizarre (Kate McKinnon), elle se rend dans le monde réel pour trouver la solution à ses problèmes. Alors que Barbie se fait remarquer, attirant l'attention de la firme "Mattel", Ken, qui a lui aussi débarqué dans notre monde, découvre un tout nouveau concept : le patriarcat.
Alors que je ne suis pas du tout fan de la poupée américaine, j'avais hâte de voir Barbie, réalisé par Greta Gerwing (qui a écrit le scénario avec Noah Baumbach). Ce sont principalement les deux bandes-annonces qui m'ont donné envie (voir ici et ici). Et puis j'ai entendu ça et là qu'il s'agissait d'une histoire mettant en avant le féminisme, un thème très porteur en ce moment, sur lequel je suis plutôt pointilleuse.
Dans la salle obscure, j'ai ris, j'ai apprécié certaines idées, j'ai été émue à un moment, mais quelque chose m'empêchait d'être totalement satisfaite. Quelques jours après avoir vu ce film, je m'interroge encore sur certains points, ce qui fait que j'ai mis du temps à écrire ce présent post. J'en suis venue à la conclusion que la forme et le fond ne conviennent pas au message véhiculé.
Dès le début du visionnage, j'ai été gênée par la difference de traitement ente les "Barbies" dans leurs jolies maisons roses et les "Kens" qui semblent purement décoratifs. Ce fait ne devient compréhensible que lorsqu'on apprend que chaque poupée de "Barbieland" est reliée à une petite fille du monde réel qui lui transmet ses sensations. Comme Ken n'est, en fin de compte, qu'un "accessoire" dans les jeux de ces petites filles, il est en fait "délaissé" dans le monde parallèle de la poupée.
C'est justement le sentiment que ressent Ken (Gossling) au début du film, et j'ai eu de l'empathie pour lui tout en detestant l'horrible petit macho qu'il était devenu. Je pourrais aussi évoquer d'autres interrogations sur la dernière partie (la moins réussie à mon avis), mais cet article serait deux fois plus long et remplis de "spoliers".
Autre gros problème, les "pontes" de la firme "Mattel" sont des crétins en costard-cravate. J'ai eu l'impression de voir des clones "humains" de Ken ! Si c'est drôle au visionnage, cela donne une impression dérangeante si l'on y réflechit.
Je pense que tous les problèmes dont j'ai donné ici un échantillon viennent du fait que le film, en voulant à la fois être féministe, plaire aux petites filles et divertir les adultes, part dans tous les sens et devient incompréhensible. Les répliques à double sens sont parfois drôles, mais souvent lourdingues, le monologue d'America Ferrera, s'il a de bons arguments, est un panphlet entendu des millions de fois, et même l'intervention finale de Ruth Handler (Rhea Perlman), la créatrice de "Barbie", m'a ennuyé. Quant à l'ultime réplique, elle a résonnée à mes oreilles comme un paradoxe : à la fois revendication féministe et bassement sexiste !
Le fait que "Mattel" soit partie prenante dans la production est également un gros handicap : il aurait mieux valu un film "indépendant" qui tire à boulets rouges sur notre société, renvoyant dos à dos les féministes et les masculinistes, les employées dépressives (America Ferrera) et les boss paternalistes (Will Ferrell), les ados rebelles (Ariana Greenblatt) et les poupées irrémédiablement optimistes. Je n'aurais pas été contre un tacle sur la pollution par le plastique, sur l'origine de la poupée la plus célèbre du monde et sur ses liens "incestueux" avec Ken (voir plus bas). Enfin, j'aurais aimé un final où les poupées des deux sexes participent ensemble à la bonne marche de "Barbieland".
Pour moi, Barbie est un film qui a fichu en l'air une idée intéressante en la noyant dans une grosse soupe de revendication trop simpliste, de gags foireux et de références pas toujours de bon goût et c'est dommage !
Avant de terminer ce post je voudrais parler d'une scène qui m'a émue : 'Barbie', déprimée, est assise sur un banc à côté d'une vieille dame (Ann Roth). Elle la regarde longuement et lui dit "Vous êtes magnifique" "Je le sais, merci !" lui répond la grand-mère. J'ai trouvé que ce simple échange valait tous les discours féministes du monde.
"Personne ne démontera personne !"
Zoom sur : "Bild Lilli", l'ancêtre de "Barbie".
Tout commence par un journal allemand, le "Bild Zeitung", qui, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale souhaite faire sourire les lecteurs. C'est ainsi que, le 24 juin 1952, une jeune femme très libérée et coquine fait son apparition dans ses pages, dessinée par Reinhard Beuthien. "Lilli" devient si populaire que la direction du journal décide d'en faire sa mascotte, qui sera vendue sous forme de poupée.
C'est la firme de jouets "O & M Hausser" qui se charge de la fabrication. Proposée en deux tailles (18 cm et 29 cm), dans un cylindre en plastique transparent, elle est articulée aux hanches et aux épaules. Ses lèvres peintes en rouge, ses seins en obus et son regard en coin attirent les lecteurs du journal et plusieurs modèles sont proposés, dans des vêtements sexy et à la mode.
Un jour, le destin de "Bild Lilli" croise celui d'une femme d'affaires américaine. En vacances en Europe, Ruth Handler, l'épouse du co-fondateur de "Mattel", tombe un jour sur la poupée dans une vitrine suisse. Conquise, elle l'achète et la ramène aux États-Unis où elle décide de s'en inspirer - beaucoup - pour une poupée mannequin qui fera le tour du monde : Barbie, diminutif de Barbara, le prénom de sa fille. Lorsque plus tard, Ruth créée le fiancé de sa poupée, elle lui donne le surnom de son fils, Ken.
Après des années de procès, "Mattel" rachète les droits de "Bild Lilli", la firme "O & M Hausser" fait faillite et seuls les collectionneurs se souviennent encore de la poupée allemande.