• Les Portes de la nuit (1946)

    Un "Destin" joueur d'harmonica ?

    Les Portes de la nuit (1946)Paris, 1946. Dans le quartier de Barbès, Diego (Yves Montand) retrouve Raymond (Raymond Bussière), un ami de la Résistance, qui échappa de peu à l'exécution après avoir été torturé. Peu après, Diego fait la connaissance d'un curieux clochard (Jean Vilar) puis de Malou (Nathalie Nattier). Celle-ci est la soeur de Guy Sénéchal (Serge Reggiani), ancien collaborateur qui "donna" Raymond à la Gestapo.

    Les Portes de la nuit de Marcel Carné est devenu un classique du cinéma français, bien que son accueil ne fut pas très enthousiaste à sa sortie en 1946. La présentation des personnages à la station Barbès-Rochechouart, les petites "scènes de vie" préfigurant les films-chorales des années 90 offrent une entré en matière sympathique, brossant en un tour de main les caractères des uns et des autres.

    Mais il est un personnage qui m'a fortement intriguée, et pour cause : celui que joue Jean Vilar, étrange vagabond, doué d'ubiquité, qui se nomme lui-même "le Destin" et qui... joue de l'harmonica. Vous allez peut-être dire que j'exagère un peu (trop ?), mais la scène où Diego, Guy et Georges (Pierre Brasseur), le mari de Malou, échangent quelques mots avec le Destin dans le café-restaurant est troublante... Sergio Leone a-t-il vu ce film ou votre servante a-t-elle trop d'imagination ? Mais revenons à nos moutons...

    Les Portes de la nuit (1946)Il est intéressant de connaître la genèse du film pour comprendre en quoi il "pêche" par certains côtés : au départ, le couple principal devait être joué par Jean Gabin et Marlène Dietrich et l'ensemble devait être une "suite" au Quai des brumes (1939) de Carné. Mais l'actrice allemande se désista au dernier moment, et Gabin fit de même. C'est semble-t-il Édith Piaf qui imposa son jeune amant d'alors, Yves Montand, à qui on donna pour partenaire Nathalie Nattier.

    Yves Montand joue donc le résistant idéaliste et rêveur, mais son parcours est incongru : on apprend qu'il a beaucoup voyagé dans sa jeunesse, qu'il éleva notamment des moutons sur l'île de Pâque (sic !) : cette partie de sa vie correspond plus au "vécu" d'un Gabin. Le personnage de 'Malou', construit plus logiquement, reste néanmoins assez vague : on apprend qu'elle suivit sa mère lorsque celle-ci quitta un mari violent (Saturnin Fabre). On suppose que, devenue adulte, elle dû faire bien des choses peu ragoutantes pour subsister, mais qu'elle su se sortir du marasme par sa beauté et sans doute aussi son arrivisme.

    À mes yeux, les personnages les plus intéressants sont ceux de 'Guy Sénechal' et de son père : l'un est un "collabo" haïssable et minable à la fois, l'autre, profiteur de guerre, cache derrière son patriotisme une personnalité avaricieuse et opportuniste. Une parfaite illustration de l''expression "tel père, tel fils" !

    Autour d'eux, Julien Carette et Mady Berry en parents d'une famille nombreuse et débrouillarde (leur altercation avec Saturnin Fabre est magnifique), Dany Robin en fille "fugueuse", ou encore Sylvia Bataille qui joue la femme de Bussière.

    Les Portes de la nuit (1946)Les Portes de la nuit (1946)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    De fait, on peut dire que Les Portes de la nuit est un résumé de ce que fut l'Occupation et la   Libération : héros, salauds, profiteurs ou malheureux broyés par le destin se retrouvent dans un pays à reconstruire. Il n'est pas anodin que les personnages de la jeune 'Étiennette' (Dany Robin) et son amoureux sortent du cadre  dans tout les sens du terme : ils représentent la jeunesse française en devenir, plus pressée de vivre que de régler des comptes. Leur dernière scène est à mon avis hautement symbolique : ils quittent le petit café où ils s'étaient réfugiés et disparaissent dans la nuit, loin du drame qui couve.

    Les Portes de la nuit (1946)Les Portes de la nuit (1946)

     

     

    « Bon Anniversaire, Danielle Darrieux.Raymond Bussières (1907-1982) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :