• Le Juge et l'assassin (1976)

    "Il est pauvre, il n'a aucune chance" (extrait du dialogue).

    Le Juge et l'assassin (1976)1893. Fraîchement renvoyé de l'armée, Joseph Bouvier (Michel Galabru) tire sur sa fiancée (Cécile Vassort) qui refusait de l'épouser avant de retourner l'arme contre lui. Tout deux survivent, et si Louise retrouve une vie normale, Joseph est interné dans un asile d'aliénés de Dôle.

    Il finit par être déclaré guéri et libéré, mais pendant quatre ans, il va parcourir le sud-est de la France en violant et assassinant de jeunes bergers et bergères. Jusqu'à ce que le juge Rousseau (Philippe Noiret), intrigué par l'accumulation des meurtres, ne le traque en faisant le premier "profilage" de l'histoire...

    Au-delà du drame policier, Le Juge et l'assassin de Bertrand Tavernier est une peinture saisissante d'une France où les nantis craignent leurs ouvriers (nous sommes une vingtaine d'années après la Commune) et où l'affaire Dreyfus et les "exploits" de Ravachol occupent les esprits.

    Je n'avais pas revu ce film depuis longtemps, et j'ai été sidérée par le "paternalisme" de 'Rousseau', petit bourgeois arriviste, qui entretien une jeune ouvrière (Isabelle Huppert) et refuse de reconnaitre la folie de 'Bouvier' afin de gagner sa Légion d'honneur en l'envoyant à l'échafaud.

    Le dialogue est brillant, entre 'Bouvier' littéralement habité (Galabru nous démontre ici qu'il n'était pas seulement un acteur "comique") et 'Rousseau' précieux et faussement bonhomme.

    Le Juge et l'assassin (1976)Autre personnage fantastique dans sa description, le procureur Viledieu, interprété par Jean-Claude Brialy. De la même "caste" que 'Rousseau', il faut l'entendre vanter les mérites de son "boy" qu'il a ramené parmi les "souvenirs" de son affectation en Cochinchine : sidérant !

    De fait, si l'on ne peut avoir d'empathie pour 'Bouvier', tueur exalté, pédophile et fou, on ne peut non plus être en accord avec l'univers du  juge, bourgeoisie confite dans sa caste, paternaliste et insensible aux malheurs des autres.

    Autour de ces trois acteurs,  des seconds rôles  formidables : Renée Faure, Yves Robert, Monique Chaumette et Jean-Roger Caussimont en chanteur de rues. Que du beau monde.

    Le Juge et l'assassin est un chef-d'œuvre de Tavernier qui ne vieillit pas car, à la manière de Que la fête commence  du même réalisateur, il dépeint une France qui, sous ses costumes, ressemble un peu trop hélas à celle d'aujourd'hui...

    Le Juge et l'assassin (1976)

     

    Note : je ne peux résister au plaisir de citer le panneau final du film : "Entre 1893 et 1898, le sergent Joseph Bouvier tua 12 enfants. Durant la même période, plus de 2 500 enfants de moins de 15 ans périrent dans les mines et les usines à soie, assassinés !"

    J'avoue que c'est en grande partie pour cela que j'aime Bertrand Tavernier, qui va énormément manquer au cinéma français.

    « Adieu, Bertrand TavernierN'attendez pas midi pour changer d'heure ! »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :