• Le goudron et les plumes

    Une punition... à chaud !

    Le goudron et les plumesRécemment, j'ai évoqué sur ce blog la punition du goudron et des plumes. Et j'ai soudain réalisé que je ne savais pas grand chose de cette étrange coutume.

    Je crois même ne l'avoir jamais vue dans un western : mes seuls souvenirs sont ceux des albums de "Lucky Luke" dans lesquels, parfois, le "pied-tendre", le tricheur ou l'escroc subissait cette punition.

    D'ailleurs, est-ce une tradition typiquement américaine ? Pouvait-elle dégénérer en lynchage en bonne et due forme ? Ceux qui la subissaient risquaient-ils de mourir du fait de l'application du goudron brûlant sur le corps ? Voilà les réponses...

    Selon "Wikipédia", la première mention de cette punition remonte à Richard 1er roi d'Angleterre, qui, en partant en croisade en 1191, fit passer l'ordre de l'appliquer au sein de son armée. Destinée aux voleurs et aux traitres, elle consistait à raser la tête de l'individu, la badigeonner de goudron et d'y jeter des plumes, avant d'abandonner l'homme sur place.

    Tout au long de l'Histoire, il a existé des variantes plus brutales : par exemple le "pitchcapping" : la chair au sommet du crâne était entaillée avant d'y appliquer le goudron et les plumes. Cette méthode fut appliquée en 1798 par les troupes britanniques à l'encontre des rebelles irlandais.

    Parfois, c'était moins sévère : on se contentait d'enduire les vêtements ou les sous-vêtements de la victime.

    Il faut toutefois préciser que le goudron devait être appliqué très chaud (environs 70°c) pour obtenir son aspect collant. Il en résultait évidemment des brûlures, sans compter que ce matériaux est aujourd'hui connu pour être cancérigène.

    Lors de la colonisation de l'Amérique, cette coutume fut évidemment importée du vieux continent : par exemple, en 1766, un certain capitaine William Smith, soupçonné de renseigner les contrebandiers, fut couvert de goudron et de plumes avant d'être jeté dans le port de Norfolk en Virginie.

    En 1767, à Salem (Massachusetts), la foule en colère passa au goudron et aux plumes des employés des douanes britanniques. D'autres actes similaires se produisirent à l'encontre des représentants de l'autorité anglaise comme à Boston où John Malcolm, officier des douanes, subit cette torture en 1774. Durant la Guerre d'Indépendance, la méthode fut employée par les deux camps.

    Tout naturellement, la jeune Amérique adopta cette "tradition" qui devint courante lors de la conquête de l'Ouest, où elle se substitua généralement au lynchage pur et simple. La victime était ensuite placée à califourchon sur un rail de chemin de fer et transportée ainsi dans toute la ville.

    Joseph Smith, fondateur de la secte des Mormons, fut tiré du lit la nuit du 24 mars 1832 et sévèrement tabassé avant d'être enduit de goudron et de plumes. Sa famille fut également molestée, l'un de ses jeunes enfants mourra de ses blessures quelques jours plus tard.

    Sans surprise, ce sont des groupes reconnus pour leur manque d'ouverture d'esprit qui pratiquèrent le plus cette activité : ainsi, des membres du "Native American Party" (opposé au catholicisme et à l'immigration) s'attaquèrent en 1851 au père jésuite d'origine suisse John Baptiste dans la ville de Ellsworth dans le Maine.

    Le Klux Klux Klan l'appliqua aussi à l'encontre des Noirs en guise de punition ou de harcèlement jusqu'au XXème siècle, mais fit d'autres victimes : une bande de "Knights of the Liberty" ("Chevaliers de la Liberté", une faction du KKK) attaqua en 1917 dix-sept membres du syndicat "Industrial Workers of the World" en Oklahoma.

    Les femmes aussi pouvaient se montrer très vindicatives : le 27 novembre 1906, dans le camp de chemin de fer de East Sandy en Pennsylvanie, quatre mégères attaquèrent une certaine Hattie Lowy, qu'elles soupçonnaient de se conduire de manière scandaleuse : rouée de coup, elle se vit enduire de mélasse et de plumes (provenant d'un oreiller) avant d'être ligotée et promenée dans le campement puis d'être abandonnée dans une grande caisse. Parmi ses tortionnaires, sa propre belle-soeur. La justice obligea ces justicières en jupon a lui verser 10 $ chacune en guise de réparation.

    D'autres problèmes d'ordre privé se terminèrent par le goudron et les plumes : en 1930 en Louisiane, cinq frères, Isaac, Henry, Newton, Gordon et Charles Starns entreprirent de punir de cette manière un dentiste, le docteur Newscome, qui avait eu une aventure avec l'épouse de l'un d'eux.

    Le goudron et les plumesDurant la Première Guerre Mondiale, des américains d'origine allemande subirent cette torture, comme John Meints de Luverne dans le Minnesota, qui fut trainé jusqu'à la frontière avec le Dakota du sud avant d'être badigeonné de goudron et couvert de plumes en 1918. Il poursuivit ses assaillants en justice, mais ne gagna qu'en appel en 1922.

    À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des rumeurs concernant l'application de cette punition envers des collaborateurs circulèrent en France, les victimes supposées étant généralement des femmes ayant eu des relations intimes avec des soldats allemands.

    De son côté, l'IRA, au début du conflit en Irlande du Nord, pratiqua cette méthode envers ceux et celles qu'elle soupçonnait d'avoir fraternisé avec l'ennemi britannique.

    Le cas le plus récent concerne un individu, suspecté de se livrer au trafic de drogue, que l'on retrouva au sud de Belfast couvert de goudron et de plumes le 26 août 2007.

    Aujourd'hui, cette technique est appliquée comme "bizutage" dans certaines fraternités, et subsiste dans les pays anglo-saxons  sous forme d'expression : (to be) tarred and feathered ("être passé au goudron et aux plumes") signifie selon le contexte subir une humiliation publique ou provoquer l'indignation. Dans le même ordre d'idée, (to be) tarred with the same brush ("être goudronné avec le même pinceau") veut dire être associé à une personne ayant une image négative.

    En résumé, on peut dire que la méthode du goudron et des plumes fut donc une forme de répression violente et arbitraire envers des individus considérés (à tort ou à raison) comme étant non conformes à la "civilisation" de l'Ouest américain.

    Le goudron et les plumes


     

    « Adieu, Jake LaMottaAdieu, Gisèle Casadesus. »

  • Commentaires

    1
    Samedi 23 Septembre 2017 à 09:36

    Je vais prendre une quatrième douche, j'ai beau faire, j'arrive pas à virer tout...J'ai une plume collée dans l'oreille, si je tire, je l'arrache. On m'y reprendra pas à courtiser l'épouse du polygame Johnson Walpurgis Hiram !

    2
    Samedi 23 Septembre 2017 à 11:38

    Il y a une scène de cette pratique barbare dans "Little Big Man", c'est la soeur du héros qui lui fait subir ça.

      • Samedi 23 Septembre 2017 à 15:07

        Je ne me souviens pas de cette scène... Un bon prétexte pour revoir Little Big Man !

    3
    Dimanche 24 Septembre 2017 à 00:11

    En plus il y a Faye Dunaway, l'équivalent pour Valcogne de Raquel Welch pour Daniel !

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