• La franchise "Les Visiteurs"

    Une souplette trop souvent réchauffée finit par coller à la marmite...

    La franchise "Les Visiteurs"Adolescent, Jean-Marie Poiré avait imaginé l'histoire d'un chevalier du Moyen-Âge qui traverse le temps... À la fin des années 80, retrouvant ce récit dans un vieux cahier d'écolier, il décide d'en tirer le scénario (co-écrit avec Christian Clavier) d'un film qu'il réalisera lui-même.

    Le principe de la comédie s'appuie en général sur le choc d'une confrontation : le riche/le pauvre, le français "de souche"/l'étranger, le brave type/le voyou, etc. Dans Les Visiteurs (1993), nous avons donc un mélange de tout ces cas de figures, avec en plus l'apport du fantastique : piégés par une sorcière, Godefroy de Montmiral (Jean Reno) et son valet Jacquouille la fripouille (Christian Clavier) se retrouvent propulsés dans la France des années 90, et doivent cohabiter avec leurs descendants respectifs en attendant de pouvoir revenir au XIIème siècle.

    Certains gags sont bien vus et souvent hilarants, des répliques sont devenues "cultes" et les personnages de Reno, rigide et froid, et de Clavier dans son festival de cris, de pets et de rots, sont amusants, Valérie Lemercier dans le double rôle de Frénégonde (la promise de Godefroy) et de Béatrice, sa descendante, est agréablement foldingue. Mais, avouons-le, au bout du troisième ou quatrième visionnage du film, on sent la lassitude pointer...

    Une suite était prévisible. Ce sera donc Les Couloirs du temps, sorti en 1998. L'idée de base est bonne, là encore : à la fin du précédent film, Jacquouille, qui se plait au XXème siècle, a fait en sorte que ce soit son descendant, Jacques-Henri Jacquard, qui prenne sa place lors du retour au Moyen-Âge. Une faille temporelle s'est donc ouverte, risquant d'entrainer de graves conséquences pour nos héros.

    Mais le filon s'essouffle. Les gags sont poussifs, et Clavier qui par ailleurs n'est pas connu pour sa sobriété de jeu part complétement en vrille. Muriel Robin succédant à Valérie Lemercier semble se demander constamment ce qu'elle fait là. ce deuxième opus n'est donc pas une réussite.

    La franchise "Les Visiteurs"Entre temps, les américains s'intéressent au premier film. Il est projeté- en version anglaise - devant divers panels de spectateurs mais n'obtient pas le succès escompté. Qu'à cela ne tienne, un projet de remake voit le jour. Jean-Marie Poiré est mis à contribution, ainsi que Christian Clavier et deux scénaristes suplémentaires, John Hughes et... Chris Columbus (oui, Le "papa" des Gremlins !).

    Le film, sorti en 2001 sous le titre Les Visiteurs en Amérique, reprend quelque peu l'idée de base, mais, comme nos amis d'outre-Atlantique ne sont pas tellement habitués à l'Histoire de France, des modifications sont apportées : Thibault de Malfète (Jean Reno), noble français, doit épouser la princesse anglaise Rosaline (Christina Applegate). Mais un jaloux fait boire à notre héros une drogue allucinogène  : croyant voir un monstre, Thibault assassine sa fiancée.

    Un mage (Malcolm McDowell) lui concocte alors une boisson censée lui faire remonter le temps de quelques minutes avant le drame. Mais une erreur va le propulser, avec son valet André le Pâté (Christian Clavier) dans l'Amérique du XXIème siècle...

    L'ensemble baigne dans le "politiquement correct" : par exemple, nos deux visiteurs croisent des "minorités ethniques" sans s'en étonner, alors que l'un des meilleurs gags du film originel était leur rencontre avec le postier de couleur. Inutile de préciser que ce remake n'a pas fait des étincelles au box-office, ni aux États-Unis, ni chez nous. Personnellement, je ne l'ai jamais vu et je m'y refuse catégoriquement !

    Pour la petite histoire, Jean-Marie Poiré est crédité "Jean-Marie Gaubert" au générique des Visiteurs en Amérique. Officiellement, ce serait parce que son nom était imprononçable en anglais, officieusement, ce serait suite à une fâcherie avec Clavier (il a par ailleurs refusé d'assurer la promotion du film).

    La franchise "Les Visiteurs"Aujourd'hui, en 2016, soit 23 ans après le premier volet de la série, voici que sort Les Visiteurs 3 : La Révolution. Le simple fait qu'aucun journaliste ne fut invité à une pré-projection en dit long sur la qualité du film. Il va de soi que leurs critiques furent vengeresses. Mais furent-elles justifiées ?

    Un coup d'oeil aux réactions des spectateurs (sur le site "Allociné") donne un aperçu de la situation : entre les fans de la première heure qui s'estiment trahis, les enthousiastes indécrottables et ceux qui font la balance entre le pour et le contre, on peut en déduire que ce troisième opus est assez ennuyeux de par les gags qui tombent à plat et le pensum historique sur la Révolution Française, mais se rattrape sur la beauté des costumes et du décor. À noter qu'Alex Lutz et Pascal N'Zonzi (qui se retrouve victime par ailleurs d'une stupide polémique) bénéficient des critiques les plus positives.

    Comme je n'ai pas l'intention de me déplacer pour voir ce film - j'attends une proche diffusion sur TF1 - je vais donner ici mon avis : ce troisième voyage de nos "visiteurs" me semble être une sorte de reboot du premier, le décalage entre le monde moyenâgeux et le 20ème siècle étant remplacé par celui entre la féodalité et l'émergeance d'un nouveau clivage social. Pour résumer, Les Visiteurs 3 : La Révolution parle de choc politique et non plus culturel...

    Que retenir enfin de cette franchise ? Un premier opus qui a donné le ton par son sujet détonnant, en devenant dans la foulée l'un des films comiques préférés des français, ce qui n'est pas rien, un second un cran au-dessous, un remake franco-américain bas-de-gamme, et, enfin, ce troisième film, peut-être trop attendu et pas assez bien écrit.

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