• Ford et Leone : comment faire monter la tension...

    Deux maîtres de la narration.

     Ford et Leone : comment faire monter la tension...Sergio Leone était un grand admirateur de John Ford. Et parmi les nombreux hommages que le Maestro a rendu au réalisateur américain, il y a une correspondance entre deux scènes paisibles  précédant un massacre, l'une dans La Prisonnière du désert, l'autre dans Il était une fois dans l'Ouest.

    Dans le film de Ford, la nuit tombe et la famille Edward s'apprête à diner. Le matin même, Martin, le fils adoptif, est parti avec Ethan et une troupe de ranger à la recherche de bétail volé par les Comanches. Le spectateur sait que les Indiens ont en fait monté un stratagème pour éloigner les poursuivants de leurs fermes. Mais les Edward, bien sûr, n'en savent rien à cet instant. Pourtant, le père, Aaron, ressent une sourde inquiétude lorsqu'il est sur le perron de sa maison.

    À ce moment, un groupe d'oiseaux prend son envol ; prétextant l'envie subite de chasser, Aaron va décrocher son fusil et ressort. Son épouse Martha a compris que son mari cache la vérité à leurs enfants, à savoir qu'un danger rôde...

    Dans le film de Leone, Brett McBain et son jeune fils Timmy chassent aux alentours de la ferme alors que Maureen mets la table et que Patrick s'affaire dans la maison. Là aussi, il y a un envol d'oiseaux, mais il est dû à la présence des deux chasseurs.

    Ford et Leone : comment faire monter la tension...Le moment de tension : Chez Ford, il intervient lorsque Lucy, la fille ainée, comprend que les Indiens sont dans les parages : il y a un gros plan de son visage, juste avant qu'elle ne se mette à crier. Chez Leone, c'est le brusque silence qui s'abat (à deux reprises) autour de la maison des McBain qui fige littéralement la famille dans leurs activités. Le spectateur sait à ce moment là qu'il va se passer quelque chose : s'il connait la nature du danger dans La Prisonnière du désert, il n'en a aucune idée dans Il était une fois dans l'Ouest.

    Ford et Leone : comment faire monter la tension...Les deux scènes sont les catalyseurs de l'action : c'est d'abord pour retrouver Debbie et Lucy qu'Ethan, Martin et Brad vont partir. Mais c'est aussi pour combler un vide. Ethan, qui a visiblement été un "renégat" après la défaite sudiste, n'avait pas revu sa famille depuis trois ans. Le jeune Martin, le fils adoptif, est fou de rage d'avoir perdu pour la deuxième fois sa famille, et peut-être se sent-il coupable d'avoir laissé les siens en danger. Brad, lui, c'est pour retrouver sa fiancée.

    Leone fait aussi de sa scène un point de départ, la plaçant tout de suite après l'arrivée remarquée d'Harmonica dans le film. Car Sweetwater va attirer bien des convoitises (au fait, les McBain sont irlandais, comme John Ford... mais là, c'est peut-être un pur hasard...)

    Il est à noter que dans les deux films, le héros repart comme il était venu, s'estompant dans le paysage comme si, l'histoire finie, il n'avait plus de raison d'être.

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 15 Mai 2014 à 13:33

    Ton acuité d'analyse est sans défaut. Bravo, Val. yes

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