• Flics et voyous...

    La loi et l'ordre à l'écran.

    Les films et les séries du genre policier sont marqués par des lieux-commun, ce qui est normal puisque le thème est manichéen. Des deux côtés de l'Atlantique, les occasions de pinailler sont donc légions.

    Flics et voyous...Aux U.S.A :

    Généralités :

    - L'action se passe le plus souvent dans une grande ville, avec une préférence pour New York, San Francisco (et ses collines), ou Philadelphie. On voit rarement une histoire se dérouler au fin fond du Texas.

    - Au début du film, le coéquipier du héros est toujours abattu à une semaine de la retraite.

    - L'enterrement d'un flic est très codifié : cornemuse, collègues en tenue, drapeau posé sur le cercueil, famille assise sur des chaises pliantes et salves d'honneur.

    - Ensuite, les collègues se rendent dans un pub irlandais où la brigade à ses habitudes : là, on boit et on évoque le disparu dont la photo est accrochée derrière le bar.

    - Lorsque les experts en médecine légale déboulent sur le lieu du crime, ils ne portent jamais leur tenue obligatoire (combinaison blanche, charlotte, chaussons en plastique). D'ailleurs,  ils se mêlent de l'enquête en accompagnant les flics, ce qui n'est pas le cas dans la réalité.

    - À propos des experts, je suis toujours épatée par leur travail à l'écran : il leur faut une journée pour décoder une séquence ADN, et ils ont un matériel informatique à ce point perfectionné qu'ils arrivent à faire un zoom parfaitement net d'après une image pourrie prise par une caméra de surveillance.

    - Dans les séries policières, toute équipe de flics a son ou sa "geek", petit génie de l'informatique. Notons également que depuis quelques années, la mode est au personnage un peu "décalé", généralement surdoué, et qui ne fonctionne pas comme la normale.

    - Si l'intrigue concerne un trafic de drogue, il y a automatiquement une scène où un flic goûte le contenu d'un sachet suspect. Généralement, cela lui indique le pays d'origine de la came et même parfois le nom du fabricant.

    - Lors du déplacement de prisonniers, il n'y a jamais plus de deux gardes, dont un qui conduit le véhicule. Pas étonnant que ce soit à ce moment-là que les voyous en profitent pour s'échapper (tuant ou blessant au passage leurs gardiens).

    - À propos des fusillades, les méchants tuent et blessent un maximum de flics, mais n'atteignent jamais le héros s'il est présent. Celui-ci par contre va abattre le bras droit (ou le frère, ou le meilleur ami) du voyou, celui-ci développant alors un désir très fort de vengeance qui sous-tendra tout le film.

    - Si la mode est aujourd'hui à la "salle d'interrogatoire" (dont je parlerai plus loin), on trouve encore des scènes de commissariat "classiques" : une grande pièce remplie de bureaux, avec des flics affairés, des prostituées hautes-en-couleurs criaillant, des SDF pochetronnés que l'on conduit en salle de dégrisement, le tout au son des téléphones qui ne cessent de sonner. Bien entendu, le cliqueti des machines à écrire a quasiment disparu...

     

    Le flic :

    - Le simple flic possède un superbe appartement et/ou une maison d'architecte, et roule dans une grosse voiture. Seules exceptions : Eddy Murphy dans Le Flic de Beverly Hills et le lieutenant Columbo qui se déplacent dans de vielles guimbardes (de collection, toutefois).

    - Le flic prend une communication téléphonique, il écoute son interlocuteur durant deux à trois secondes, raccroche et dit : "on a vu le suspect il y a une demi-heure, entre la 55ème avenue et la 20ème rue. Il portait un jean bleu, un sweat à capuche rouge et vert et mangeait des cacahuètes en se grattant la joue gauche."

    - Les flics ne notent jamais les adresses ou les numéros de téléphone : ils ont tout en tête.

    - J'ai vu aussi dans une série cette scène surréaliste : à l'évocation du nom d'un suspect, un des héros   dit : "oui je me souviens de lui..." et il raconte le passé de l'individu sans ouvrir un seul dossier ni consulter un ordinateur !

    - Un flic a toujours un bon indic très fiable : dans les années 70, c'était un souteneur, généralement un black aux fringues excentriques avec des bagouses et du bagout. Aujourd'hui, c'est un vendeur à la sauvette.

    Flics et voyous...

     

    Le voyou :

    Le voyou est souvent un maffieux, un terroriste, ou un entrepreneur qui possède un ou plusieurs comptes "off-shore", qui emploie des immigrés clandestins, et/ou qui pollue la Nature. Bien entendu, il a une façade tout à fait respectable, avec des amis "haut-placés", des dons faramineux aux associations caritatives et une charmante épouse-potiche.

    Un "sous-genre" de voyou à la mode, le "serial-killer". Lui aussi est très manichéen à l'écran : il possède toujours un van blanc -pour enlever ses proies - et une cabane au fond des bois -pour les torturer et les tuer. En général, il apparait très tôt dans le film, mais il se montre à ce point "normal" que personne ne le soupçonne (ceci dit, on sait que les trois/quart des vrais tueurs en série sont insoupçonnables).

    - Lors de l'enquête sur le serial-killer, les flics arrêtent toujours un suspect idéal... qui est bien sûr innocent.

     

    La victime :

    - Parfois, la victime est un individu foncièrement mauvais, et bien entendu, il y a pléthore de suspects qui souhaitaient sa mort.

    - Une femme va toujours chercher sa voiture soit dans un parking souterrain, soit sur une aire de stationnement déserte en pleine nuit. Elle fait toujours tomber ses clés lorsqu'elle arrive près de son véhicule.

    - Une scène que le genre policier à piqué au "slasher" : la victime féminine est chez elle le soir, vaquant à ses occupations, et l'on voit le futur agresseur derrière la fenêtre... d'ailleurs, les fenêtres des maisons n'ont jamais de rideaux, de stores ou de volets, ce qui permet à n'importe-qui (tueur ou simple voyeur) de regarder à l'intérieur, surtout que toutes les lumières sont allumées.

     

    La poursuite :

    - Lors de la course-poursuite à pied, c'est toujours le flic le plus jeune qui s'y colle. Elle peux se terminer lorsque le poursuivi est heurté par une voiture (parfois celle du "vieux" collègue).

    - Les escaliers extérieurs des immeubles new-yorkais sont les plus prisés pour les courses-poursuites flic-voyous.

    - À ce propos, le voyou se sauve presque toujours vers les toits (où il risque de se faire coincer) et rarement vers la rue. Mais bien entendu, lorsqu'il choisi cette option, il y a toujours un ou plusieurs flics qui l'attendent au pied de l'escalier.

    - Les poursuites en voiture se soldent toujours par de la tôle cassée, et généralement, la (superbe) voiture du flic-héros est seulement éraflée... avant d'être flambant neuve la scène suivante.

    La confrontation :

    Il existe deux genres de confrontation : celle où le méchant piège le gentil dans un endroit désert, et celle où le flic et le voyou se retrouvent face à face dans une salle d'interrogatoire du commissariat.

    - Dans le premier cas de figure, le voyou se contente d'assommer son adversaire, alors qu'il suffirait qu'il le tue une bonne fois pour toute.

    - Alors que le flic est attaché à une chaise au fond d'un hangar, le méchant lui détaille soigneusement ses plans. Cela permet au héros de couper ses liens - car, bien sûr, il a mis la main sur un bout de verre ou un outils quelconque.

    - Une fois que le héros parvient à s'échapper, il assomme son antagoniste - là encore, pas question de le tuer, sinon le film serait plus court - avant de rejoindre ses collègues pour leur faire part du plan que le méchant lui a gentiment dévoilé.

    - Lorsque le voyou se retrouve en salle d'interrogatoire, il refuse de parler sans la présence de son avocat.

    - S'ensuit alors une sorte de duel psychologique entre le méchant et le gentil : chacun cherche - et trouve - le point faible de l'autre.

    - Il est temps de parler de la fameuse "salle d'interrogatoire" : une pièce sombre n'ayant pour tout ameublement qu'une table et deux ou trois chaises, munie d'un grand miroir sans tain derrière lequel se trouve toujours quelqu'un (collègue, supérieur hiérarchique, témoin(s)).

     

     

    Flics et voyous...En France :

    Généralités :

    - Comme aux États-Unis, l'action se passe généralement dans une métropole (Paris, Lyon, Marseille), mais il faut noter que France 3, chaine "régionaliste", privilégie les téléfilms policiers se déroulant dans des villes moyennes voire dans les villages (cette constatation n'est nullement péjorative de ma part).

    - Dans ces séries, nous avons encore le commissaire "pépère" - accusant souvent la cinquantaine - mais accompagné d'un(e) collègue qui assure les arrestations musclées.

    - Le flic héros est un homme ou une femme comme les autres : il a donc des problèmes de couple, se chamaille avec ses gosses, entretient parfois une liaison avec un(e) collègue... bref, les "histoires personnelles" envahissent souvent les intrigues policières françaises.

    - Les scènes d'action se contentent souvent de l'arrivée tonitruante des véhicules toutes sirènes allumées qui stoppent dans des crissement de freins : pas - ou peu - de course-poursuite, pas de tôle froissée chez nous...

    - Notons toutefois que TF1 se laisse aller à "l'américanisation" : flics jeunes et charismatiques, omniprésence des "profilers" et des "experts", scènes d'action plus énergiques. J'avoue que je n'accroche pas à cette façon de faire, qui ressemble plus à du "copier-coller" qu'à une véritable intégration des codes "américains" dans les séries françaises.

    - Les scénarios : c'est à mon avis le gros problème des séries policières françaises ! Les personnages sont souvent très faiblards psychologiquement parlant, l'intrigue est cousue de fil blanc, bourrée de lieu-communs et surtout, le "méchant" est trop facilement repérable.

    Flics et voyous...

    Je pense avoir fait le tour des lieux-communs concernant les films et séries policières. J'ai volontairement laissé de côté les productions anglaises, car je n'ai pas assez de référence dans le domaine (je ne connais que Barnaby et Hercule Poirot !). Quant aux séries allemandes, elles me paraissent avoir qu'un seul   défaut : être soporifiques.

    Ceci dit, si vous pensez que j'ai oublié un "pinaillage", n'hésitez pas à m'en faire part.

    « Dean StockwellLe "Cri Wilhelm" »

  • Commentaires

    1
    Mardi 24 Octobre 2017 à 08:23

    J'ajouterai un truc qui me fait toujours rire dans les série américaines c'est la vélocité époustouflante des acteurs pianotant sur leur ordinateur pour faire des recherches, quand on sait que la plupart des gens, même en Amérique, tapent péniblement avec deux doigts leur clavier, et que l'on découvre systématiquement ces virtuoses du piano informatique on peut voir un message style "Nous avons inventé ça et nous savons TOUS nous en servir, NOUS!"

    A comparer avec les séries françaises où; en toute honnêteté, les gendarmes peinent à prendre les dépositions sur leurs antiques machines à écrire des années cinquante...Lieu commun là aussi.

      • Mardi 24 Octobre 2017 à 10:15

        Oui, c'est vrai. D'autre part, les ordinateurs américains ne semblent pas "ramer" à l'écran : l'info demandée arrive tout de suite, parfois même avant que le personnage ait fini de pianoter !

    2
    Kinskiklaus
    Mardi 24 Octobre 2017 à 10:28

    "- Si l'intrigue concerne un trafic de drogue, il y a automatiquement une scène où un flic goûte le contenu d'un sachet suspect. Généralement, cela lui indique le pays d'origine de la came et même parfois le nom du fabricant."

     

    Ah ah ah ! Tu m'as fait rire, Val. C'est tellement vrai ! Le plus beau dans l'histoire, c'est que nous ne sommes pas dupes et toutes ces bêtises ne nous empêchent pas d'adorer plein de séries. Je regarde peu les séries policières récentes, pour le coup, je suis un vrai nostalgique des séries des années 60, 70 et 80. Et je regrette que plus aucune chaîne ne rediffuse "L'inspecteur Derrick", série bien plus intelligente que sa réputation donnée par des pseudos humoristes.

      • Mardi 24 Octobre 2017 à 10:48

        J'ai vu les épisodes de L'Inspecteur Derrick avec Horst Buccholz, mais je ne me souviens que d'un seul d'entre eux, dans lequel Horst joue un musicien soupçonné du meurtre de sa petite amie.

        Je ne regarde quasiment plus les séries policières américaines actuelles, tant j'ai l'impression qu'elles se ressemblent toutes. Je découvre par contre les séries de France 3, même si elles sont cousues de fil blancs en ce qui concerne l'intrigue et la psychologie des personnages. Ça me détends.

    3
    Daniel
    Mardi 24 Octobre 2017 à 20:45

    Je trouve les séries policières françaises pitoyables : pas tant pour les scénarios mais surtout pour les compositions d' acteurs : soit ce sont des flics ennuyants au possible ( à coté de certains , l' acteur de " Derrick "semble  être  sous amphétamines ) soit ils tentent de" s' américaniser " en adoptant des attitudes que l' on voit régulièrement chez les acteurs d' Outre Atlantique. Dernière vision en date : " La Mante", avec Carole Bouquet , où tous les poncifs que tu cites sont réunis , c' est d' un ridicule qui ne prête même pas à rire , un vrai cas d' école ! Hahurissant  !  Sinon , à la liste de ton magnifique post,  je  rajouterais l' éternelle poursuite à pied où le voyou finit toujours par se retrouver devant un grillage ou il est bien entendu capturé. Par contre , je trouve qu' il y a pas mal de" vieux " qui ont la même foulée qu' " Usain Bolt quand ils poursuivent un jeune , ils sont tellement rapides que je me demande si ce n' est pas " Flash" qui les poussent  ou alors ils carburent à je ne sais quoi....et je veux la même chose !  Parce que des " vieux " acteurs qui rattrapent toujours les jeunes , de temps en temps avec un plongeon digne d' un champion de natation pour stopper le méchant ...il y en a un paquet  dans les films et séries.

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