• Electric Boogaloo

    Grandeur et décadence de la "Cannon"

    Electric BogalooRéalisé par Mark Hartley et sorti en 2014, Electric Boogaloo, The Wild, Untold Story of Cannon Films (titre complet)* est un documentaire** sur les producteurs les plus iconoclastes et les plus décriés du cinéma mondial.

    Comment Menahem Golan et Yoram Globus ont-ils réalisé leur "rêve hollywoodien" avec des films de série B parfois borderlines tout en s'offrant des réalisateurs comme Casavetes ou Zeffirelli ? Comment ont-ils réussit à faire se côtoyer dans leur écurie des acteurs aussi divers que Charles Bronson, Christopher Lee, Richard Chamberlain avec Chuck Norris ou Jean-Claude Van Damme ?

    Menahem Golan et Yoram Globus étaient donc au départ des producteurs et réalisateurs qui eurent un grand succès en Israël, leur pays natal, avec des films se résumant - déjà - à cette équation simplissime : "action + sexe". Ils achetaient des bandes étrangères et y ajoutaient des scènes érotiques ou bien réalisaient des films épiques, comme cette adaptation d'Un violon sur le toitMenahem fait jouer sa plus jeune fille de quelques mois, placée dans une charrette destinée à dévaler à tombeau ouvert une route caillouteuse !

    Electric BogalooParmis les plus grands succès du duo, une comédie sexy pour ados, Eskimo Lemon (connu également sous le titre Juke Box), et Opération Thunderbolt, relatant la prise d'otages d'Entebee et réunissant Klaus Kinski et Sybil Danning. Nos deux cousins s'installent ensuite à Hollywood, rachètent une petite maison de production, la Cannon, et vont utiliser une technique agressive et novatrice dans le domaine du cinéma : ils inventent les titres des films, font dessiner les affiches, réalisent en quelques semaine, et récupèrent l'investissement pour produire leurs prochains longs-métrages. Ils inventent aussi le principe du "pack" : imposer aux distributeurs une flopée de séries B pour l'achat d'un film de prestige, à prendre ou à laisser !

    L'industrie cinématographique hollywoodienne va tout d'abord se gausser de ces deux curieux "moguls", avant de déchanter. Car en produisant des films d'action avec des acteurs en perte de vitesse ou de jeunes karatékas en mal de célébrité, la Cannon va, contre vents et marées, trouver ses fans, bâtir sa légende.

    Electric Boogaloo nous parle de l'envers du décors : des scénaristes, des monteurs, des acteurs (et surtout des actrices) dont les sentiments vont de la déception à l'écoeurement devant l'attitude des patrons de la Cannon, nous brossent un portrait peu flatteur de l'entreprise. Il y a bien sur ceux qui sont reconnaissants d'avoir appris leur métier ou trouvé leur voie dans l'écurie Cannon ; il y a aussi l'étonnant éloge que fait Franco Zeffirelli des deux producteurs qui ont financé son Othello. Curieusement, il n'y a dans ce documentaire aucune intervention de deux des "vedettes maison" du groupe : Chuck Norris et Jean-Claude Van Damme ; manque aussi l'avis de Sylvester Stallone (Over The Top, Cobra)... Dommage !

    Parmi les passages du film, la liste des noms d'oiseaux que l'industrie du cinéma - qui ne les accepta jamais complétement dans son sein - attribua aux cousins Golan et Globus : "Profiteurs, charlatans, marchands de tapis, radins, camelots, la peste et le choléras, les deux plaies d'Égypte"... Il y a assurément beaucoup de xénophobie là dedans, et une certaine hypocrisie, car, après tout, Hollywood est née de pareils "marchands de tapis" !

    Autre personnalité égratignée par le documentaire, Michael Winner, décrit comme un individu sadique, qui laisse une actrice à moitié nue allongée sur un plateau de tournage glacial pour régler les éclairages ou qui, selon l'un des intervenants, se complait à "filmer les habitants crasseux d'un ghetto se faire descendre comme des lapins par des membres de la bonne société".

    Electric BogalooElectric Bogaloo

     

     

     

     

     

     

     

     Franco Nero, un "ninja" Italien...                          Stallone et Menahen Golan  "Over the top".

     

    Ce qui tuera la Cannon, c'est une histoire de gros sous : ayant eu recours à un investisseur peu scrupuleux, Golan et Globus se fâchèrent à mort. Après la faillite du groupe, Menahem fonda une autre maison de production, 21Th Century, puis repartit en Israël où il produisit et réalisa des films qui ne dépassèrent pas les frontières du pays, avant de disparaitre le 8 août 2014.

    J'ai beaucoup aimé ce documentaire, pour deux raisons : d'abord, l'envers du décors, impitoyable mais en même temps remplis de petites anecdotes hilarantes (comme Menahem qui explique la trame d'un film à... Clyde l'orang-outang, pressenti pour être le héros dudit film !). Ensuite, pour cette constatation qui tombe sous le sens : Cannon a inventé la méthode de la "publicité précédant le film" : quelle grosse firme hollywoodienne ne fait pas aujourd'hui une surenchère de "trailers" sur les films à venir ?

    Et d'ailleurs, les films de la Cannon, ceux de l'âge d'or de l'ère Reagan et de la violence décomplexée, n'ont-ils pas ouvert la voie aux Expendables et autres Machete ?

    Electric Bogaloo

     Paul Kersey envoie un message...

    * Le titre, Electric Boogaloo, fait référence à un film de la Cannon, suite de Street Dance,  tout deux ayant pour sujet la Break Dance très en vogue dans les années 80.

     

    **Faut-il préciser que ce documentaire fut désavoué par Menahem Golan et Yoram Globus, qui, non contents de refuser d'être inteviewé, se hâtèrent de répliquer en produisant leur propre film, The Go-go Boys, qu'ils parvinrent à faire sortir quatre mois avant celui-ci ?

     

    Le mot de la fin : Je remercie Lemmy de m'avoir fait découvrir cet extraordinaire documentaire. J'ai d'ailleurs très envie de (re)découvrir les films de la Cannon ! Serais-ce un effet pervers ou bien y aurait-il un "message subliminal" dans les extraits proposés ?

     

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