• Death Wish : de la polémique au culte.(1)

    Naissance d'un mythe.

    Death Wish : de la polémique au culte.(1)Et dire que tout commença par une voiture abimée...

    Brian Garfield est un romancier né à New York en 1939 qui publie son premier roman, "Range Justice", à 18 ans. C'est un western, un genre qu'il adore -il publiera même un dictionnaire des westerns américains - mais il va aussi écrire des polars, des romans de SF ou d'horreur, parfois sous des pseudonymes.

    Un soir de 1971, rentrant d'une soirée à New York, il trouve sa voiture vandalisée : quelqu'un a déchiré la capote et dérobé un accessoire. Quelques temps auparavant, sa femme s'était fait voler son porte-monnaie dans le métro. Ces deux événements, bien que sans rapport l'un avec l'autre, vont l'énerver singulièrement : "(...) ma première réaction à cette violence avait été plus violente encore" dira-t-il plus tard. "Je m'étais dit que si je le rencontrais, je pourrais vraiment tuer ce fils de  pute !"...

    Sans doute estomaqué par sa propre réaction, Garfield va écrire "Death Wish", l'histoire d'un petit comptable new-yorkais qui, après le meurtre de sa femme et le viol de sa fille, va se mettre à tuer les voyous qu'il croise la nuit.

    Édité en 1972, le roman ne rencontre pas tout d'abord le succès mais attire l'attention de deux producteurs, Hal Landers et Bobby Roberts. Un scénario est écrit par Wendell Mayes et tape dans l'oeil de Sidney Lumet  qui veut en faire un Film Noir, avec Jack Lemmon dans le rôle principal. Mais le réalisateur est déjà embarqué dans la production de Serpico et doit abandonner l'idée.

    À Hollywood, les scénarios font très souvent le tour des maisons de production avant d'être enfin adaptés ou... de finir au fond d'un tiroir. Death Wish n'échappe pas à la règle. United Artist s'y intéresse, mais la recherche de l'acteur pour interpréter 'Paul Benjamin' n'est pas une petite affaire !  Henry Fonda  va trouver le script "repoussant",  George C. Scott va lui aussi refuser.

    Au bout du compte, United Artists abandonne et c'est le producteur Dino De Laurentiis et la Paramount qui vont entrer dans la danse.

    De Laurentiis est alors en affaires avec un acteur de second plan devenu vedette en Europe. Charles Bronson  a signé un contrat de quatre films avec lui et vient d'en tourner trois : Cosa Nostra Le Cercle Noir (1973) et Chino (1974).

    En lisant le script de Death Wish, Bronson fait la grimace : il se voit mal dans la peau d'un petit comptable new-yorkais ("Je pensais que c'était un rôle pour Dustin Hoffman !"). Mais le réalisateur du film sera Michael Winner, qui avait travaillé avec l'acteur sur Les Collines de la terreur et Le Cercle Noir. Il parvient à convaincre notre moustachu qu'il suffira de modifier le personnage pour le rendre plus viril : devenu architecte, le héros change aussi de nom à cause d'une homonymie avec l'acteur Paul Benjamin. Il deviendra donc 'Paul Kersey'.

    Death Wish : de la polémique au culte.(1)L'acteur accepte et le film est tourné à New York durant l'hiver 74 (avec une séquence à Hawaï et une autre en Arizona). Pour la petite histoire, Charles Bronson aurait réclamé - en vain - une délocalisation à Los Angeles pour être plus près de sa famille !

    Les seconds rôles sont tenus par Hope Lange, Kathleen Tolan, Steven Keats, et Vincent GardeniaJeff Goldblum incarne l'un des trois voyous qui agressent l'épouse et la fille du héros au début du film.

    La musique signée Herbie Hanckock colle parfaitement à l'ambiance.

    Sorti le 24 juillet 1974 aux États-Unis, Death Wish se retrouve au centre d'une polémique : alors qu'une certaine presse s'inquiète du message subversif qu'il véhicule, il est plébiscité par le public, qui applaudit dans les salles dès que Bronson abat un voyou !

    Brian Garfield, lui, ne décolère pas : le message délivré par son livre est en totale opposition avec celui du film. De plus, il considère - avec raison - que d'avoir donné le rôle principal à un acteur déjà connu pour ses personnages de "vengeurs" était une très mauvaise idée.

    Qu'à cela ne tienne ! Grâce à 'Paul Kersey', Charles Bronson va enfin trouver la célébrité dans son pays. Le film engrange 20 millions de dollars rien qu'aux États-Unis et quelques bobines précédentes de l'acteur (dont Le Flingueur et Mr Majestyk) ressortent en salles.

    Michael Winner de son côté est catégorique : il n'y aura pas de suite à Death Wish...

    Notons également que quelques mois plus tôt était sorti Justice Sauvage (1973) de Phil Karlson, qui a de nombreux points communs avec Death Wish, et que d'autres films de "vigilante" suivirent, comme Légitime violence (1977) de John Flynn ou Vigilante - Justice sans sommation (1981) de William Lustig. Sans oublier Viol et Châtiment (1976), un "rape and revenge" avec les soeurs Hemingway produit par... De Laurentiis et Paramount !

    Mentionnons aussi  Magnum Force (1973), deuxième opus des aventures de 'L'inspecteur Harry' réalisé par Ted Post, qui met en scène un groupe de policiers en admiration devant "Dirty Harry" et pratiquant la justice "sauvage" !

    Death Wish sort en France en octobre 74, sous le titre Un Justicier dans la ville,  sans avoir le même impact qu'outre-Atlantique. Toutefois, au début des années 80, il sera diffusé pour la première fois à la télévision dans le cadre de l'émission Les Dossiers de l'écran consacrée à l'auto-défense.

    Chez nous, ce sujet est moins exploité, même si l'on trouve des oeuvres cinématographiques qui l'abordent, comme Le Vieux fusil (1975) de Robert Enrico ou Légitime violence (1982) de Serge Leroy.

    De l'autre côté de l'Atlantique, Death Wish est devenu un grand succès dans les vidéoclubs et chacune de ses diffusions à la télévision enregistre de très bons scores à l'Audimat. Nous sommes au début des années 80, et une petite société de production, dirigée par deux cousins opportunistes et malins, va relancer le filon...

    Death Wish : de la polémique au culte.(1)

     

    « Aujourd'hui, il aurait eu 98 ans...Adieu, Marie Laforêt. »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 3 Novembre à 12:35

    Le plus "drôle" est que ce succès est basé sur un trahison du matériau d'origine, malgré une grande tenue du film ! Le film a marqué, sa scène du métro est reprise et inspire directement la scène centrale du film "Joker", film aussi voué à la polémique.

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