• Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.

    C'est connu, la réalité dépasse la fiction...

    Depuis toujours, le criminel fascine. Comme les gazettes, les romans, les journaux à sensation, le cinéma s'est emparé des figures les plus terrifiantes, les plus passionnantes des faits-divers pour en faire les monstres de nos salles obscures.

    Je ne vais pas aborder dans ce présent post tous les meurtriers qui ont inspiré l'écran, grand ou petit (il faudrait un blog entier !), mais je vais parler de quelques affaires connues qui sont devenues, par la grâce de réalisateurs de génie, des chefs-d'oeuvre du cinéma.

    Je me suis focalisée surtout sur la qualité des films qui en furent tirés. Autre critère, plus personnel, celui-ci, le fait que j'ai vu et apprécié la plupart des oeuvres en question. Comme j'ai déjà abordé la filmographie consacrée à Jack l'éventreur, il ne sera pas évoqué ici, bien entendu.

    Ne sachant pas trop comment les classer, j'ai opté pour un ordre chronologique des crimes. Commençons donc par...

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.Joseph Vacher (1869-1898) : Sans doute le premier "serial killer" français, il parcourut le Sud-Est de la France en assassinant de jeunes bergers et bergères. C'est un juge, Émile Fourquet, qui, frappé par les similitudes dans ces crimes, eut une idée, nouvelle pour l'époque : rassembler les dossiers de meurtres présentant les mêmes modes opératoires et couvrant toute la France. Il parvint même à cerner la personnalité du tueur, devenant par là même le premier "profiler" de l'Histoire. Arrêté, Vacher avoua les meurtres entre deux délires religieux. Il sera exécuté en 1898.

    Film : Le Juge et l'assassin de Bertrand Tavernier, avec Philippe Noiret et Michel Galabru.

     

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.Henri Désiré Landru (1869 -1922) : Cet aimable monsieur avait monté une efficace mais morbide affaire d'escroquerie : grâce à des petites annonces, il attirait des femmes sans attaches mais possédant une fortune personnelle, et les faisait disparaitre à l'issue d'un voyage à Gambais où il possédait un petit pied-à-terre.

    Films :

    Monsieur Verdoux (1948) de Charlie Chaplin sur une idée d'Orson Welles. Petit chef-d'oeuvre d'humour noir.

    Dans le film Lady Paname d'Henri Decoin, sorti en 1950, le personnage joué par Suzy Delair est abordé par un charmant monsieur barbu qui lui propose "un week-end à Gambais"...

    La Dixième femme de Barbe-Bleue (1960) de W. Lee Wilder. Dans ce film britannique, c'est bien de Landru dont il est question, même si dans la version française, il est appelé 'Henry Jackson'.

    Landru (1963) de Claude Chabrol : Charles Denner est un savoureux Landru dans ce film dont le scénario est signé Françoise Sagan.

     

    Peter Kürten, le "vampire de Düsseldorf" (1883 -1931) : Auteur d'une série de meurtres, de viols et d'agressions sexuelles sur des enfants et des adultes, la plupart commis à Düsseldorf en 1929, il avouera après son arrestation près de 80 crimes. La justice n'en retiendra que 16. Il sera guillotiné à Cologne le 2 juillet 1931.

    Films :

    M le Maudit de Fritz Lang avec Peter Lorre dans le rôle de 'Hans Beckert', fortement inspiré de Kürten. À noter que le film sorti trois semaines après l'exécution du "vampire de Düsseldorf".

    Le Vampire de Düsseldorf (1965) de et avec Robert Hossein.

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.

     

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.Violette Nozière (1915 - 1966) : Pour vivre librement, cette jeune femme empoisonne ses parents le 21 août 1933. Son père n'y survivra pas. Son procès fera sensation : une jeune et belle parricide autour de laquelle flotte une odeur de perversion et de liberté.

    Film : Violette Nozière (1977) de Claude Chabrol, avec Isabelle Hupert dans le rôle-titre et Jean Carmet dans celui du père.

     

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.Marcel Petiot (1897-1946) : Médecin le jour, psychopathe la nuit, voilà comment l'on pourrait résumer le personnage, qui profite de l'Occupation pour donner libre cours à ses envies criminelles. Lorsqu'en 1944 on découvre des cadavres dépecés dans la cave de son hôtel particulier de la rue Le Sueur à Paris, il s'enfuit et s'engage... dans la Résistance. Il finira par être arrêté et prétendra jusqu'au bout n'avoir tué que des nazis et des collaborateurs. Mais la découverte chez lui d'une cinquantaine de valises (dont certaines contenaient des vêtements d'enfants) en dit long sur ses victimes... Il sera exécuté le 25 mai 1946 à Paris.

    Films :

    Les Sept Tonnerres (1957) d'Hugo Fregonese : Même si l'action prend place à Marseille durant l'Occupation, l'un des personnages de ce film, le 'Docteur Martout (joué par James Robertson Justice) est inspiré du docteur Petiot.

    Los Crimenes de Petiot (1973) : film espagnol de José Luis Madrid qui s'inspire lointainement de l'affaire.

    Docteur Petiot (1990) : devant les caméras de Christian de Chalonge, Michel Serreault tient le rôle-titre avec son talent habituel.

     

    Ed Gein (1906 - 1984) : Il est celui qui inspira le plus les cinéastes, mais comment les en blâmer ! Vivant sous la coupe d'une mère bigote, violente et castratrice, mais qu'il aime d'un amour inconditionnel, il sombre littéralement lorsqu'elle décède en 1945, et commence par déterrer des cadavres pour, dira-t-il, "se faire un habit humain de femme riche". En 1957, une commerçante des environs disparaît. Un témoin a vu Ed Gein près de sa boutique. Les policiers, venu l'interroger dans sa ferme, vont découvrir l'horreur : des restes humains, des objets fabriqués en peau humaine, et surtout le cadavre mutilé de la disparue.

    Après dix ans d'instruction, il est enfin jugé, mais considéré comme aliéné, il finira sa vie dans un hôpital psychiatrique où il décède en 1984.

    Films :

    Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock, d'après le roman que Robert Bloch écrivit en s'inspirant de Gein.

    Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper.

    Deranged (1974) de Jeff Gillen et Alan Ormsby

    Maniac (1980) de William Lustig

    Le Silence des agneaux (1991) de Jonathan Demme

    Psychose (1998) remake du film d'Hitchcock par Gus Van Sant

    Ed Gein, le boucher (2000) de Chuck Parello

    Dans American Psycho (2000), le personnage du tueur en série, joué par Patrick Bateman, voue une admiration pour Ed Gein

    Maniac (2012) remake du film de 1980.

    Dernière inspiration en date, la série Bates Motel (2013), "prequel" du film Psychose montrant la jeunesse de Norman...

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.

     

     

    Albert DeSalvo (1931 - 1973) : Entre 1962 et 1964, à Boston, il assassine 13 jeunes femmes à leurs domiciles, accompagnant ses meurtres de mises en scènes choquantes. Condamné à la prison à vie, il est poignardé dans sa cellule en 1973.

    Film : L'Étrangleur de Boston (1968) de Richard Fleischer avec Tony Curtis et Henry Fonda.

    Ces criminels qui inspirèrent le cinéma.

     

     

    J'aurai pu aussi évoquer Marie Besnard  dont l'affaire sera adaptée à deux reprises pour le petit écran, l'une avec Alice Saprich en 1986 et l'autre avec Muriel Robin en 2006,  l'affaire Dominici qui inspirera un film de Claude Bernard-Aubert en 1973 avec Jean Gabin et un téléfilm en 2003, réalisé par Pierre Boutron avec Michel Serrault et Michel Blanc...

    Comme je l'ai dit en introduction, le criminel fascine. Mais pourquoi ? Et pourquoi des réalisateurs, et pas des moindres, s'intéressent ainsi à de telles affaires ? La réponse est, je pense, dans la personnalité même du personnage : tueur en série mené par des pulsions sexuelles, jeune fille cherchant sa liberté dans une société où la femme est asservie, escroc charmant trouvant plus simple de tuer ses victimes après les avoir volées, tous représentent la partie la plus sombre de l'humanité, dérangeant nos certitudes, notre éducation et notre normalité.

    Les cinéastes ne pouvaient que s'intéresser à de tels personnages, qui, par leur singularité, parlent en fait de nous : nous ne sommes pas tous, Dieu merci, des tueurs en puissance, mais nous avons tous des pulsions. Et c'est sans aucun doute aussi pour cette même raison que nous aimons tant nous faire peur avec ces monstres réels.

     

     

     

    « La Corde (1948)Farley Granger (1925-2011) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :