• Akira Kurosawa (1910-1998) - 2ème partie

    Reconnaissance internationnale

    Akira Kurosawa (1910-1998) - 2ème partieDans le précédent post, nous avions quitté Akira Kurosawa alors qu'il s'apprête à réaliser son premier "film en costume". Ce film, basé sur deux nouvelles de l'écrivain Ryûnosuke Akutagawa, est une observation des principes de l'objectivité et de la subjectivité : durant l'ère Heian, période marquée par la guerre civile, un crime atroce est commis. Quelques semaines plus tard, à l'occasion d'un orage, quatre personnes se retrouvent dans un abris de fortune et évoquent ce crime, auquel chacun est lié d'une manière ou d'une autre. Ce film s'intitule Rashomon, et nous en parlerons plus loin...

    En 1951 sort L'Idiot, adaptation du roman éponyme de Dostoïevski, mais se déroulant à Hokkaïdo. D'une durée initiale de 4h30, ce film sera ramené à un peu plus de 3h00, rendant l'histoire incompréhensible.

    Pendant ce temps, et à l'insu du réalisateur, Rashomon est présenté à la Mostra de Venise où il obtient un Lion d'or, la plus haute distinction du festival italien. Cela surprend, le cinéma japonnais n'ayant jamais eu jusqu'ici de récompense hors de ses frontières. La Daiei, productrice de l'oeuvre, l'exploite brièvement en la projetant à Los Angeles puis la R.K.O en achète les droits pour les U.S.A.

    Rashomon devient un succès et en Europe, des sociétés de distribution diffusent le film en France, en Allemagne de l'Ouest, en Suède, en Finlande, au Danemark...

    Dans le sillage de Kurosawa, d'autres grands cinéastes nippons comme Kenji Mizoguchi ou Yasujirô Ozu sont découverts par l'Occident et leurs travaux reconnus et récompensés.

    Pendant ce temps-là, au Japon, Kurosawa est toujours au sommet de sa carrière : son film Vivre (1952) narrant un sujet grave (un homme atteint d'un cancer) sur un mode satirique est un succès au box-office, élu "meilleur film" par le magazine "Kinema Jumpô".

    Akira Kurosawa (1910-1998) - 2ème partieEn décembre 1952, le réalisateur s'isole 45 jours avec les deux scénaristes de Vivre, Shinobu Hashimoto et Hideo Ogumi. Ils écrivent ensemble le scénario de ce qui sera l'un des chefs-d'oeuvre du cinéaste : Les 7 samouraïs.

    L'histoire, l'action épique, la distribution impressionnante fera de ce film de plus de 3 heures l'un des fleurons du cinéma japonnais. Ce sera aussi l'un des plus chers à produire, mais dès sa sortie en 1954 son succès dans l'archipel permet rapidement un retour d'investissement conséquent.

    Il est d'abord modifié pour le marché international, mais, peu à peu, des versions "originales" sont distribuées à travers le monde, accroissant sa notoriété et celle du réalisateur. Aujourd'hui encore, il est considéré par certains critiques comme le meilleur film japonais de tous les temps.

    Les amateurs de westerns connaissent l'histoire : Yul Brynner achète les droits pour en faire une version qu'il réalisera lui-même, mais, suite à diverses péripéties, le projet de remake deviendra -sous la houlette de John Sturges- Les 7 mercenaires, qu'il est inutile de présenter sur ce blog...

    Le film suivant de Kurosawa, Vivre dans la peur (aussi connu sous le titre Chronique d'un être vivant), sort en 1955. Centré sur un homme terrifié à l'idée d'un holocauste nucléaire, il ne connaitra pas un grand succès, mais aujourd'hui, il est considéré comme l'un des meilleurs films sur le sujet.

    Le réalisateur décide ensuite d'adapter Macbeth dans le Japon de l'ère Sengoku ("L'ère des royaume combattants", l'une des périodes les plus troubles du pays) : ce sera Le Château de l'araignée (1957). Puis il signe l'adaptation de la pièce Les Bas-fonds de Maxime Gorki, avant de mettre en scène La Forteresse cachée (1958). Le thème - un samouraï, une princesse et un paysan doivent traverser les lignes ennemies pour atteindre leur pénate- inspirera bien plus tard un certain George Lucas pour la trame de Star Wars.

    Alors que le Japon connait une période de troubles politiques, Kurosawa réalise Les Salauds dorment en paix (1960), sur la corruption au sein de l'entreprise. Le film engrange de bonnes critiques mais reçoit un accueil plutôt tiède du public.

    Son film suivant s'intitule Yojimbo. Son thème : Un ronin (samouraï sans maître), joué par Toshirô Mifune, arrive dans une petite ville sous la coupe de deux familles rivales. Le thème sera repris par Sergio Leone qui en fera Pour une poignée de dollars. Leone n'a pas acheté les droits et s'ensuivra un procès gagné par le japonais.

    Comme pour La Légende du grand Judo précédemment, Kurosawa sera obligé de réaliser une suite. Ce sera Sanjuro (1962), qui sera traité sur un ton plus léger et avec un trait d'humour.

    Suivront Entre le ciel et l'enfer (1963) adapté d'un roman d'Ed McBain, puis Barberousse (1965) d'après des nouvelles de Dostoievski.

    Mais une nouvelle période s'ouvre pour Akira Kurosawa : il va accepter le pont d'or que lui propose Hollywood. Les choses ne vont pas se passer comme prévues, néanmoins...

    (Dans la troisième et dernière partie de ce post, nous assisteront au déclin du cinéaste).

    Akira Kurosawa (1910-1998) - 2ème partie

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 24 Mars 2017 à 10:58

    Bravo pour ce poste instructif et bien écrit. "Rashomon" est un très grand film (pour la petite histoire, le premier où le soleil est filmé si directement - à vérifier ; en tout cas, le jeu des ombres et du soleil est impressionnant, ainsi que la scène du 'tribunal').

    2
    Mardi 28 Mars 2017 à 09:00

    passionnant. Même si j'ai vu une tripotée de ses films je ne connaissais pas grand chose de l'homme. Bravo

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